Vendredi 13 septembre 2024 – Col des Mosses – Suisse
Lever 7h, le moins enthousiaste de la semaine… c’est que le voyage touche à sa fin ! Déjà le dernier des 6 jours que comptait cette traversée des Alpes suisses… c’est passé trop vite !
Je savais aussi que les prévisions météo consultées la veille au soir avant de se coucher n’étaient pas des plus optimistes pour ce matin… Mais alors pas du tout… La première chose que je fais en me levant est d’aller ouvrir les rideaux pour voir le temps qu’il faisait… Argh ! Il neige !!!!! Un 13 septembre !!!!! Vous y croyez ça ?!

Autant vous dire que la journée est foutue ! Quelle déception… Exit le Col de la Croix – 1732 m et le Pas de Morgins – 1369 m prévus pour cette dernière étape longue de 117 km et proposant un bon D+ d’un peu plus de 2000 m.
L’étape va se résumer au strict minimum : descendre déjà comme on peut le Col des Mosses jusqu’à Aigle puis rallier Thonon-les-Bains via les bords du Rhône puis du Lac Léman. Et en plus, ça n’aura pas été une partie de plaisir…
Petit déjeuner, préparation, je ne traîne pas, à 8h, je suis prêt à décoller ! Mais personne n’avait trop envie de braver le froid et les intempéries. Sauf que pour moi, il ne fallait pas trop traîner car j’avais peur que la neige accroche à la route… dans lequel cas, je ne vois pas trop comment on pourrait faire la descente !
Mais il fallut patienter que tout le monde soit prêt et c’est seulement à 9h30 qu’on a pu s’élancer pour la dernière étape du jour. Heureusement, la neige ne tenait pas au sol mais c’était très humide. Batsirai, Jenni, Françoise et Ruth termineront leur aventure au sec dans le camion d’assistance avec notre guide Stéphan. Mansour, Georges, Walter, Agustin, Peter, Jeremias, Esther et moi-même filons dans la descente du Col des Mosses en direction d’Aigle.




Du Col des Mosses à Aigle
On s’engage directement dans une descente, très longue avec ses 18,5 km. Je suis déjà sur les freins avec la route très humide. Je n’avais pas mis mes lunettes qui n’avaient que des verres fumés et la visibilité étant assez mauvaise, les flocons me piquaient les yeux !
Je me retrouve vite isolé, les autres filant devant à une vitesse pas très raisonnable à mon goût… Je savais que j’étais un peu désavantagé par rapport au fait que j’étais le seul équipé en freins à patin mais on n’est jamais à l’abri d’une glissade avec cette route recouverte d’une neige à peine fondue. Donc je poursuis très prudemment.
Je devine à travers les nuages que l’endroit doit être très chouette, quel dommage de rater tout cela. Je sors une seule fois l’appareil photo et prends péniblement un cliché car mes doigts sont engourdis par le froid hivernal qui m’a envahi au cours de la descente.

Je souffle un peu quand je passe sous la barre des 1000 m d’altitude car il s’arrête de pleuvoir. Il y a même une jolie éclaircie sur Aigle qui permet de bien terminer la descente.
J’ai même l’impression que c’est un peu dégagé du côté du Massif du Chablais mais il y a de gros nuages menaçants par ci et par là qui ne sont pas très engageant pour entamer une éventuelle montée du Pas de Morgins. Je ne m’accroche pas à cette idée et j’aurais bien raison un peu plus tard…


Cool, regroupement au pied de l’ascension car tout le monde m’attendait. On se faufile dans les rues d’Aigle jusqu’à la gare. C’est ici que vont avoir lieu les premières séparations.
En effet, Esther, Ruth et Jeremiah vont nous quitter. Comme Esther habite à La-Tour-de-Peilz sur les bords du Lac Léman entre Montreux et Vevey, c’était plus pratique de rentrer directement (22 km) que depuis Thonon-les-Bains. Son mari est venu chercher les bagages à Aigle plus Ruth (la sœur d’Esther) qui avait préféré zapper complètement cette dernière journée. Esther et son neveu Jeremias ont donc terminé à vélo ensemble.
Mais avant de se séparer et en attendant le mari d’Esther qui n’était pas encore arrivé, on s’est tous réchauffés avec un bon café ou chocolat chaud (j’en ai profité pour me débarrasser de mes dernières pièces de monnaies suisses !).
On fait une belle photo souvenir du groupe puis ce sont les premiers adieux. Outre Esther, Ruth, Jeremias, je ne reverrais pas non plus Batsirai, Mansour, Patricia et Jenni car étant rentrés avec le camion d’assistance et notre guide Stéphan à Thonon-les-Bains, ils ont rejoint directement leur destination suivante (hôtel ou domicile).


De Aigle à Thonon-les-Bains
Il me reste un dernier baroud d’honneur à accomplir en ralliant Thonon-les-Bains depuis Aigle (47 km) via les rives du Lac Léman. Et ce sera en compagnie des derniers « courageux » : Peter, George, Walter et Agustin. On oublie tout de suite l’option Pas de Morgins car l’éclaircie a brusquement disparu et un gros nuage noir fonce droit sur nous… On va se prendre quelques instants plus tard une bonne saucée !
On rejoint le Rhône pour emprunter l’Eurovélo 17. Nous le suivons en file indienne sur sa rive gauche. Un vent de face puis une grosse rabasse nous tombe dessus. Décidément, quelle journée de m… Agustin et Peter ouvrent la voie avec force, je reste sagement en 5e position pour m’abriter des intempéries et je veille surtout à ne pas décrocher ! Heureusement, il ne fait plus aussi froid qu’au Col des Mosses. Je vous jure, un 13 septembre !
Nous roulons ainsi durant 10 km et quittons les bords du Rhône à Bouveret. C’est ici qu’il se jette dans le Lac Léman.

Nous voilà sur les bords du Lac Léman. On atteint rapidement St-Gingolph qui marque la frontière avec la France. Il y a 7 jours, on y passait dans l’autre sens… ce n’était pas du tout prévu d’y repasser en vélo ! Normalement, on devait repasser en France via le Pas de Morgins.
Il s’est arrêté de pleuvoir. On fait une petite pause à St-Gingolph pour admirer le Lac Léman. Paradoxalement, il y a quelques coins de ciels bleus mais ils disparaissent assez vite au profit de belles averses qui tombent un peu partout sur et autour du lac.




On repart en direction de Thonon-les-Bains. Il nous reste tout de même 27 km. Je pensais rouloter tranquillement pour profiter des derniers instants de ce voyage mais les gars appuient comme des forcenés comme s’ils voulaient en terminer le plus rapidement possible. C’est dur, je m’accroche comme je peux. À près de 28km/h de moyenne, on arrive en « peu de temps » à Thonon-les-Bains.
Comme je connaissais un peu les lieux après mon petit séjour que j’avais fait au mois de juin dernier, je guide le groupe vers la gare. Sans m’en rendre compte, on perd Peter mais il a eu le bon esprit d’aller faire un petit détour vers la mairie pour prendre une photo symbolique au départ de la Route des Grandes Alpes ! Sur le coup, j’ai un peu regretté de ne pas avoir eu la même idée… Étant modestement l’initiateur de alpes4ever.com, j’ai manqué le coup ! Bon, à ma décharge, j’ai eu l’impression de ne pas avoir eu les idées très claires depuis le début de cette journée avec ma déception de terminer la Traversée des Alpes suisses sur une très mauvaise note…

Sur le parking de la gare, on retrouve notre guide Stéphan. Il est 13h. Tout le monde se dit adieu et se quitte assez vite telle une volée de moineaux. Comme pour la Route des Grandes Alpes en 2022, toute bonne chose a une fin mais celle-ci est un peu triste !
J’ai quand même le plaisir de revoir Mansour que George était parti prévenir à leur hôtel tout proche. Je salue une dernière fois mon « Ministre de la Montagne » (s’il lit ces lignes, il comprendra !). Ils sont retournés le lendemain au Liban. Ils se sont réchauffés sur une belle plage au bord de la Méditerranée.
Avec Stéphan, on attend Peter puis on le raccompagne à l’hôtel tout proche afin qu’il puisse récupérer ses affaires et rendre le vélo qu’il avait loué. Il est reparti l’après-midi même sur Genève pour prendre l’avion et rentrer à Perth en Écosse.
J’ai aussi l’occasion de dire au revoir à Jenni qui passait sur le parking de l’hôtel. Étant malade la moitié de la Traversée des Alpes suisses, elle n’en a malheureusement pas beaucoup profité. Mais elle se rattrapera les 8 jours suivants en réalisant la Traversée des Alpes françaises en compagnie de Walter !
Patricia est retournée en voiture à Lyon pour reprendre ses chères montées entre Beaujolais et Monts du Lyonnais.
Batsirai est reparti en train à l’aéroport de Genève pour prendre l’avion le lendemain et retourner à Toronto au Canada. Même s’il n’a pas roulé ce matin, il fera un dernier petit baroud d’honneur en toute fin d’après-midi sur les petits monts de Genève.
Agustin est retourné le lendemain en Californie aux États-Unis.
Esther et Jeremias sont arrivés à bon port à La-Tour-de-Peilz. Avec Ruth et en famille, ils se sont offert une bonne fondue suisse le soir même !
Quant à moi, je vais retourner à Chambéry en compagnie de Stéphan. On fait un petit casse-croûte sur le parking au-dessus de la gare. À Chambéry, je quitte Stéphan qui retournait dans un premier à Briançon avant de repartir comme guide pour une semaine VTT dans le Sud de la France.
Je suis heureux de retrouver Corinne mon épouse qui m’a ramené à Vizille près de Grenoble pour y terminer nos 2 derniers jours de vacances. J’ai été tenté de faire une dernière sortie vélo le lendemain pour évacuer un peu ma frustration mais il faisait encore bien frais ! Des nuages gris traînaient dans le coin, je n’avais pas envie de me prendre à nouveau une averse sur la tête !
Sur le chemin du retour, j’ai repensé à cette semaine folle. Que de beaux souvenirs mais aussi pas mal de regrets avec cette mauvaise météo qui a gâché pas mal d’étapes et de magnifiques ascensions.
Au total, en 6 étapes, j’ai réalisé 476 km, 7365 m de D+ en 28h04 de selle. J’ai franchi 10 cols dont 4 à plus de 2000 m d’altitude. Bien en deçà de ce qui avait prévu : 675 km / 15950 m de D+ et 13 cols. J’ai eu heureusement quelques bons moments mais je suis globalement déçu que ce ne se soit pas aussi bien déroulé… J’avais la sensation d’être dans une très bonne forme grâce à une longue préparation entamée en septembre 2023 où j’avais pas mal fait d’effort.
Je suis malheureusement tombé sur une semaine abominable côté météo… En plaçant ce voyage avant la mi-septembre, je ne pensais pas trop jouer avec le risque qu’il fasse vraiment mauvais par rapport aux mois de juillet et août ! J’ai bien pesté en mon for intérieur car je savais que je n’aurais pas beaucoup d’autres occasions de réaliser à l’avenir ce type d’aventure.
Dans tous les cas, je tiens à remercier mes parrains Lionel et Jean-Loup (Grandes Itinérances / routedesgrandesalpes.com), de m’avoir offert l’occasion de vivre ce beau périple !
Je remercie mon épouse Corinne d’avoir été à mes côtés pour m’aider à réaliser l’un de mes rêves.
Merci à mes enfants, Émilie et Victor, à ma famille, à mes amis et à mes connaissances pour leurs encouragements et le suivi de mon voyage.
Merci à ma Maman qui a toujours une attention délicieusement « inquiète », et à mon Papa qui m’a inspiré, guidé, accompagné et soutenu dans ma passion vélo entamée en 2000…
Voir aussi :
- Ma TAS – Intro
- Ma TAS – Étape 1/6 – Chiavenna > Roveredo
- Ma TAS – Étape 2/6 – Roveredo > Göschenen
- Ma TAS – Étape 3/6 – Göschenen > Gotthardpass > Göschenen
- Ma TAS – Étape 4/6 – Göschenen > Interlaken
- Ma TAS – Étape 5/6 – Interlaken > Col des Mosses
- Ma TAS – Étape 6/6 – Col des Mosses > Thonon-les-Bains
