Maître N°242 et 925ème Fêlé
13 mai 2012 / Distance 85 km / D+ 3769 m
Le 26 janvier dernier, j’ai eu 40 ans et j’ai accepté le fait d’avoir déjà vécu la première moitié de ma vie… gulp ! Pas de regrets, il s’est passé plein de choses bonnes et moins bonnes… pour attaquer l’autre moitié, il fallait un évènement pour marquer le coup et je me suis dit que le défi des Fêlés du Grand Colombier allait être une bonne occasion !

Le Col du Grand Colombier – 1501 m, une des montées les plus dures de France, sûrement dans un TOP 5 et assurément PREMIÈRE si l’on gravit ses… 4 faces (car ce sera presque de l’alpinisme…) !
4 FACES :
– EST avec 2 routes :
> Culoz
17,7 km / D+ 1261 m / 7,5%
> Anglefort
15,3 km / D+ 1218 m / 8%
– OUEST avec 2 routes :
> Artemare
15,7 km / D+ 1256 m / 8%
> Champagne-en-Valromey
18,8 km / D+ 1054 m / 7%
Des chiffres à donner cauchemars et migraines à tous cyclos !
Pour ma part, je savais que je m’étais embarqué dans un truc énorme mais mon expérience pouvait m’aider à relever ce beau challenge.
Au cours de ma préparation, j’ai étudié les profils. Ils étaient monstrueux, j’avais du mal à les croire réels, je les ai même refaits pour m’assurer qu’ils étaient bons. À quelques petites différences près, mes profils correspondaient à ceux proposés par la Confrérie des Fêlés du Grand Colombier et l’appel était sans équivoque : les passages à plus de 15% étaient bien présents !
Je décidais bien sûr de choisir l’objectif maximal du défi des Fêlés du Grand Colombier : celui de Grand Maître qui consiste donc à grimper les 4 faces !
J’ai choisi cependant de ne pas m’astreindre à un entraînement spécifique, n’ayant pratiquement grimpé que « mes bosses » depuis le début de l’année (env. 17 000 de D+) et réalisé le défi X’TREM du Challeng’Afrique, courage et ténacité étant les 2 clefs qui permettraient de réaliser ce défi.
Mon papa se proposait spontanément de m’accompagner pour cette journée, non pas à vélo bien que son dernier fait d’armes ait été l’Alpe d’Huez à 62 ans. Ayant bientôt atteint un âge vénérable, il a passé la main mais c’est avec un grand plaisir qu’il a décidé de participer à mon aventure ! Son soutien et ses encouragements m’ont été bénéfiques tout au long de la journée.
Avec une certaine impatience, je fixais une date pour cette mi-mai, ne voulant pas subir les grosses chaleurs des mois d’été.
La météo a été très fluctuante ces premiers mois de cette année 2012. Tous les cyclos auront noté que le temps tournait plus souvent au froid sibérien, à la pluie, au vent, rarement au beau… j’avais fixé la journée au samedi 12 mai mais gagné : pluie au programme. Météo France annonce beau temps pour dimanche… ce sera donc le dimanche 13 mai même si je perdais le bénéfice de pouvoir me reposer le lendemain car ce sera boulot !
Le jour est arrivé, debout à 4h45 du mat ! Ouch ! Dur d’autant que je n’ai pas très bien dormi, vous savez, ce truc que l’on cogite toute la nuit sans vraiment trouver le sommeil…
Douche, un jus d’orange, le pique-nique à ranger dans la glacière, le reste ayant été chargé soigneusement la veille dans la voiture puis je passe prendre mon papa. Direction l’autoroute du Sud pour réaliser le trajet jusqu’à Artemare dans le département de l’Ain…
Nous perdons un peu de temps en nous trompant de sortie… nous avons joint Artemare par le Nord via le Bugey et le Col de la Cheminée. De multiples cols bien connus des cyclos du coin se dessinent à droite et à gauche : Cuvillat, Richemont, Rochette, Biche, etc… Pas de regrets, cela nous a valu de découvrir des paysages superbes et surtout l’imposante face Ouest du Grand Colombier dans toute sa splendeur.
Arrivée à Artemare vers 8h15. Le soleil est radieux, la température est douce, copieux petit-déjeuner et préparation tenue et vélo pour être fin prêt à démarrer à 8h45. L’heure est tardive… cela allait-il être suffisant au niveau du temps pour pouvoir faire les 4 montées ?

ARTEMARE
Distance : 15,7 km
Départ : Artemare
D+ : 1256 m
% moyen : 8%
% maxi : 15,5% sur 930 m

J’arrête de me poser des questions, c’est qu’il fallait commencer par la montée la plus difficile : Artemare – le Cauchemar – et ses 4,5 à… 12% de moyenne. La pente atteint même une moyenne de 15,5% durant 930 m (oui, c’est précis parce qu’on peut ressentir l’effort de chaque mètre !) avec une pointe maximale à… 22% !!!
Poinçonnage de la carte au panneau puis attaque directe sur les coteaux d’Artemare (alt. 245 m) via la D31. Durant 1,9 km, échauffement en douceur avec un max à 6,5% en passant par Don. Mais rien de bien méchant, la pente se faisant même plus douce – 600 m à 5% – dans la traversée du village. Juste avant le village de Pont, la route bifurque à droite (D69). La direction du Grand Colombier est très bien indiquée mais ce dernier est masqué par un relief. Il faudra grimper ce dernier en haussant un peu son effort : 1850 m entre 5,5 et 7%.





Puis la route file agréablement au milieu de la campagne en passant à 2,5% sur 1,2 km. Le Grand Colombier apparaît telle une immense masse noire ! Pfiou, je me rends compte que la bête est imposante !
LLa pente reprend du poil de la bête – 6,5/7% durant 1,4 km – en passant par Munet. Un nouveau replat à 4,5/5,5% sur 850 m en traversant Virieu-le-Petit. Jusque-là tout s’est bien passé, je me sens dans une bonne forme et je n’ai pas trop gaspillé d’énergie. Près de 7,2 km depuis Artemare, il en reste 8,5 jusqu’au sommet mais le plat va être copieux : 864 m de D+ à 10% de moyenne !!!


À Virieu-le-Petit (alt. 637 m), je laisse la fameuse « directissime » bien connue des Fêlés, une variante qui propose un passage à 14% !!! Heu, c’est que j’ai un défi à faire, donc je vais gentiment prendre la voie normale via la D120c. Un panneau indique que le col est ouvert (il y a seulement une petite quinzaine – le 1er mai !).

La route se fait plus étroite et plus rugueuse qui file dans une épaisse forêt de sapin et ce sera parti pour un repas constitué de 7 lacets très, très difficile à avaler :
– en entrée, 800 m à 9,5%
– en plat, 450 m à 9% suivi de 200 m à 11,5%
– en fromage, 1440 m à 12%
– en dessert, 930 à 15,5% !!!
– en digestif, 640 m à 13%
MONSTRUEUX, j’ai le souvenir au travers d’une trouée dans les sapins d’avoir aperçu Virieu-le-Petit pareil à une boîte d’allumette, c’est dire l’altitude prise en si peu de kilomètres.
ENCORE PLUS DINGUE, la DDE ne s’est embarrassée d’aucun problème lorsqu’elle a construit la route : le final du passage à 15,5% consiste à environ 400 m à 19% avec une pointe maximale à 22% !!! Pour ma part, j’ai mis tout à gauche, trouvé un rythme constant, zigzagué un peu, prié pour que je ne pas caler (sinon, il vous faudra finir à pied, c’est quasiment impossible de repartir dans cette pente), accepté volontiers les encouragements des quelques touristes en voiture puis attendu que l’enfer finisse…



Le Grand Colombier est une montagne qui se respecte mais elle sait se montrer généreuse envers les cyclos courageux qui veulent la défier. En effet, la route daigne décliner progressivement pour déboucher sur un endroit magnique : La Selle (alt. 1175 m) qui est en fait un col intermédiaire. La forêt fait une pause et on a une vue sublime sur la Vallée du Valromey à l’Ouest. On peut aussi voir la route qui vient de Champagne-en-Valromey que je devrais normalement emprunter en dernier…

Un groupe de motards fait une pause et m’adresse un petit encouragement. Mon papa me demande si ça va bien… tout va bien, je roule sur un replat salvateur ! Mais je ne prends pas le temps de m’arrêter, il y a encore du chemin à faire… La pente est toujours douce – 5% sur 700 m – jusqu’à la Grange de Fromentel et sa fontaine (c’est le seul point d’eau disponible dans le Grand Colombier mais attention, elle ne coule pas toujours).
La route s’engouffre à nouveau dans la forêt et la déclivité reprend un tout petit peu du poil de la bête en passant à 6% sur les 1150 mètres suivants. Je continue bien de me refaire une santé…
À la sortie d’une épingle à gauche, la pente se cabre à nouveau : 9,5% sur 1000 m, une jolie piqûre de rappel, hé oui, vous êtes en train de gravir l’une des ascensions les plus dures de France !
La température a chuté soudainement, ça caille, j’enfile un coupe-vent. La partie sommitale du Grand Colombier apparaît et est… dans les nuages ! Plus de soleil, une belle purée de pois et un vent énorme se sont invités dans la partie !
La route débouche au milieu des alpages, gros vent de face, je franchis l’une des fameuses barrières canadiennes, le moral est un peu en berne, je ne vais pas avoir droit aux fabuleux points de vue qu’offre le Grand Colombier.

J’aperçois à cette occasion la partie finale qui monte « trop » franchement vers le sommet… petit coup au moral car sa vue est déprimante ! À la sortie d’un ultime virage, un final dantesque s’offre à moi : 1,1 km à 10,5% !!!
Mais j’aurais un peu de chance, je vais bénéficier du vent arrière pour finir tranquillement d’autant que je me sens encore en bonne forme. J’arrive au sommet du Col du Grand Colombier à 1501 m d’altitude après 1h55 environ d’effort intense. Dans le brouillard et le froid (il ne devait pas faire plus de 5°C). Il y avait encore une plaque de neige non loin du sommet.



Une fois de plus, l’IGN et la DDE ne se sont pas mis d’accord pour l’altitude : 1498 m pour l’IGN, 1501 m pour la DDE, cette dernière étant plus clinquante (oui ça fait plus de 1500 m et le cyclo qui vient de se coltiner l’une des montées les plus dures de France se glorifiera de ses 3 mètres supplémentaires !).
Une scène assez surréaliste se déroulait au col : un stand diffusait une musique sonore pour accueillir une sorte de course cycliste qui arrivait à l’instant de l’autre versant. J’ai appris par la suite que le Conseil général de l’Ain et le Syndicat mixte des Pays du Bugey souhaitaient profiter du passage du « Tour de France » pour développer le cyclisme au Grand Colombier – je croyais que c’était uniquement réservé aux fêlés ! – les deux routes d’accès du versant est du Grand Colombier (Culoz et Anglefort) seront dorénavant réservés aux vélos une fois par mois entre mi-mai et mi-septembre.
Cela allait bouleverser un peu mon programme, le site des Félés du Grand Colombier avait pourtant indiqué qu’il y avait une fermeture de la route – le versant Culoz – entre mi-mai et mi-septembre mais je n’avais pas retenu que celle de mai était justement le 13 mai !
C’est que mon père qui m’accompagnait et profitait en même temps de la balade touristique allait se retrouver bloquer plus de 2 heures le temps que je fasse la montée par Culoz !
Avant cela, photo souvenir et poinçonnage de la carte au panneau. Le froid est sibérien et je redescends frigorifié les premiers hectomètres jusqu’à la route menant à l’auberge du Grand Colombier. Une barrière interdit définitivement l’accès vers Culoz. Je gamberge un peu, cela m’interdisait tous secours en cas de défaillance (pour l’anecdote, j’avais oublié mon portable !). J’avale un petit café et je décide d’opter dans un premier temps pour Anglefort qui est un peu plus court que Culoz…
CULOZ
Distance : 17,7 km
Départ : Culoz
D+ : 1261 m
% moyen : 7,5%
% maxi : 11% sur 1330 m

« J’abandonne » mon papa qui m’attendra malheureusement plus de 2h le temps que je descende et que je remonte. Le timing n’était pas très bon d’autant que la barrière a été en fait enlevée 1/2 heure plus tard car les derniers cyclos avaient fini leur ascension (ben oui, ils étaient bien une cinquantaine mais ils ne faisaient « qu’une seule ascension » !). Mon papa a hésité à me rejoindre après cela car il ne savait plus quel côté j’avais choisi et il a bien fait car j’avais changé mon fusil d’épaule… Il n’y aura pas aussi de photos de mon ascension, mon Papa faisant office de photographes !
Au cours de ma descente, je croisais donc les derniers cyclos qui faisaient la montée depuis Culoz. Sans le savoir, j’ai aussi croisé Michel Pelissier – Président de la Confrérie des Fêlés – qui me l’a fait savoir dans un gentil mot qui a accompagné mon diplôme. Je constatais que le final n’allait pas être trop douloureux car il y avait un replat… mais après… c’était quand même une pente infernale…
Descente prudente, la route est mauvaise, ça secoue et les muscles sont tendus car il y a de nombreuses pierres au milieu de la chaussée. Le soleil revient, la chaleur aussi… je me souviens que la première partie de la montée depuis Culoz est un four l’après-midi selon les indications que j’avais recueillies… c’est au croisement avec la route d’Anglefort que je décidais de plutôt faire la montée par Culoz.
La forêt disparaît et là c’est un choc visuel : un panorama à couper le souffle sur le Lac du Bourget et le Rhône. Culoz semble minuscule tout en contrebas. J’emprunte une route incroyable et vertigineuse, taillée dans la roche ! Tous freins debout, je descends tout doucement pour profiter de la superbe vue.
Culoz (alt. 244 m), 11h45 ! Le lieu est désert. La matinée a filé à une vitesse d’enfer, c’est là que je me suis dit que le temps allait jouer contre moi et m’empêcher de faire les 4 faces… Bon, je ne traîne pas trop, poinçonnage de la carte et c’est reparti.
Je démarre tranquillement durant 1250 mètres sur une pente qui n’est pas trop dure et qui passe progressivement de 5 à 6,5%.
La chaleur est supportable. Je profite du moindre bout d’ombre avant d’affronter le fameux passage de la falaise. À la sortie du village, la route se cabre à 8% sur 600 m puis en remet une sacrée couche avec 10% sur 1,1 km. Je prends alors vite fait de l’altitude mais je profite à nouveau du spectacle qui est magnifique sur Culoz en contrebas et le Rhône dans un beau prolongement vers le Lac du Bourget.
S’ensuit un passage un peu chauffé à blanc par la roche de cette fin de matinée finalement bien ensoleillée mais la pente reste supportable avec 1750 m à 7,5%.
La route va ensuite emprunter une série de lacets très serrés… mais il faut s’accrocher : 2,2 km à près de 11% de moyenne ! Les jambes commencent à devenir bien dures…
Puis le Grand Colombier m’offre un replat apaisant : 2,1 km sur une pente qui passera de 4,5% à 2%. Elle me permettra de me refaire une santé et de profiter de l’ombre bienveillante de la forêt qui recouvre à nouveau la route.
Après le croisement avec la route d’Anglefort, la pente se cabre à nouveau et il me faudra fournir un bel effort avec un long passage de 2,2 km à 10%. C’est un peu irrégulier, mon clinomètre va parfois grimper brièvement plusieurs fois aux alentours des 12% !
Je souffre un peu mais la volonté est au beau fixe. Dans mes pensées, je m’amuse de constater que l’homme construit des choses incroyables comme ses routes qui jalonnent le Grand Colombier !
À mi-parcours entre 2 lacets, la déclivité lâche du lest en passant à 7,5% sur les 1750 mètres suivants jusqu’au lieu-dit de la Sapette (dans un lacet avec une route en cul-de-sac mène au point de vue du Fenestré).
À la sortie du lacet de la Sapette, le Grand Colombier offre une nouvelle douceur avec un replat de 900 m à 4%. Il y ajoute même par la suite quelques mètres de légère descente sur 400 m !
Les difficultés réapparaissent mais elles sont ne sont pas trop importantes avec 150 m à 7,5% – ce passage fait un peu mal aux jambes car je dois l’enchaîner sans transition après la descente – puis avec 900 m à 7%.
Mauvaises nouvelles : des crampes aux cuisses menacent de me mordre ! Non, non pas ça ! Je respire à fond, bois abondamment, me mets en danseuse pour détendre les muscles douloureux, avale rapidement une pâte de fruit et l’orage passe temporairement…
Je franchis à cette occasion une barrière canadienne et les alpages feront leur apparition. Ne profitant plus de l’abri offert par la forêt, le vent vient se mêler à nouveau à mon effort dans la partie finale.
J’aperçois le Berlingo au bas de la route de l’auberge et rejoints mon papa qui m’avait patiemment attendu. Je fais une pause, rebois un gros coup, enfile à nouveau mon coupe-vent car la température et le vent étaient toujours de la partie sauf les nuages qui avaient filé. Bonne nouvelle, je pouvais enfin découvrir la partie sommitale du col et profiter de belles vues sur les sommets des Alpes dont le Mont Blanc.

Allez je reprends. Le passage suivant sera plaisant durant 1,5 km car la pente oscillera entre 5 et 5,5%.
Mais les 1100 derniers mètres me rappelleront que le Col du Grand Colombier ne se laisse pas si facilement gravir : un bon 8% finira de m’achever avec un passage traître qui frise les 10% dans les derniers hectomètres !
Je double un impressionnant rocher surmonté d’un affreux pylône électrique mais la fatigue est bien présente et une crampe me foudroie l’arrière de ma cuisse droite à 500 m de l’arrivée ! Ouargh, je respire profondément et remonte sur mon destrier. Avec le vent de face et au mental, je franchis le Col du Grand Colombier pour la seconde fois de la journée !




Je suis tout de même content d’autant que mon papa, qui a eu le temps de lire le règlement et consulter la documentation que j’avais préparée, m’annonce avec fierté qu’avec ces 2 ascensions, j’étais devenu Membre de la Confrérie des Fêlés du Grand Colombier !


Poinçonnage de la carte et nouvelle photo souvenir au panneau, il est 14h – 2h15 pour cette 2ème ascension… je prenais donc la décision de revoir mon objectif à la baisse, ce sera 3 ascensions et seulement le rang de Maître mais avec les honneurs puisque je veux terminer par celle d’Anglefort, une des ascensions les plus dures de France au pourcentage moyen avec ses 10 premiers kilomètres à 9% de moyenne !
ANGLEFORT
Distance : 15,3 km
Départ : Anglefort
D+ : 1218 m
% moyen : 8%
% maxi : 10% sur 650 m et 4930 m

Je me posais quand même plein de questions, j’étais quand même déjà bien cramé et je redoutais les crampes… allez c’est reparti pour la descente vers Anglefort cette fois-ci pour pique-niquer. Une nouvelle fois, la descente n’est pas de tout repos, les nombreux virages et la forte pente m’obligent à serrer sans cesse les freins, je fais même un arrêt pour soulager mes doigts engourdis.
J’ai eu le temps de constater qu’il n’y avait pas un mètre de plat dans la dernière partie avant Anglefort…
Arrivé à Anglefort, nous trouvons une table de pique-nique non loin du point de départ. Il est 15h et nous attaquons avec plaisir notre repas. J’avais prévu une bonne salade de pâtes pour recharger les batteries ! Il y avait du soleil mais un vent fort et assez frais soufflait en permanence dans la vallée. Pas très reposant d’autant qu’après 3 petits quarts d’heure de pause, il fallait repartir… tous les muscles étaient douloureux !

15h45, nouveau départ d’Anglefort. Mais je m’arrête 2 fois au cours du premier kilomètre, une fois car j’avais oublié de prendre pâtes de fruit et barres céréales et une seconde fois car je m’étais habillé trop chaudement et il faisait une chaleur d’enfer sur les premières pentes de ce versant exposé au soleil.






Les 500 premiers mètres sont à 3,5% puis la déclivité grimpe à 8% sur les 350 suivants, ce qui m’a permis de pouvoir réchauffer toute la mécanique avant d’aborder l’un des pires passages (avec celui d’Artemare) que le Grand Colombier peut vous offrir : 7,2 km où la déclivité frise avec les… 10% de moyenne !
Au vu de ces chiffres incroyables mais hélas bien réels, mon corps commençait à souffrir 1000 martyres !




Après 6,5 km depuis le départ, je croise à nouveau avec la route de Culoz que j’ai gravie un peu plus tôt dans la journée. Je connais donc la suite et je sais que je dois poursuivre mon effort sur le passage à 10% durant 1,5 km. J’avance comme je peux et je suis bien naze… Bah, je sais plus trop où j’en suis et je m’occupe de mes crampes qui menacent de revenir !

Après un long calvaire, j’accueille le replat de « la Sapette » comme une délivrance. Mais la fatigue est très présente, mon dos est en compote, mes genoux menacent de rompre, mon coup de pédale est misérable sur cette faible pente. Je rentre les épaules, l’arrivée est pour bientôt…



La barrière canadienne une nouvelle fois, les alpages, et là suprême récompense : les Alpes et le Mont Blanc sont là pour fêter l’arrivée de ma troisième ascension. Revigoré, je termine tranquillement (sans crampes)… devant ce panorama magnifique.








2h30 pour cette 3ème ascension mais je suis en paix avec moi-même, le rang de Maître me convient parfaitement avec 85 km, 7h30 de selle et 3769 m de dénivelé. Il était 18h15, j’en avais assez fait pour aujourd’hui ! La descente vers Champagne puis la longue remontée (18,8 km) m’auraient fait finir ce défi vers les 21h30, mon corps me disait stop, je sais l’écouter et je ne voulais pas trop risquer ma santé, il fallait aussi rentrer, c’était dimanche et demain il fallait aller au boulot lequel me demande d’être performant.
Mon papa et moi, nous nous félicitons pour cette belle journée. Merci Papa pour m’avoir encouragé tout le long de ce défi. Nous restons un petit moment à regarder le sommet du Mont Blanc qui traverse quelques nuages. Le panorama est majestueux.



Puis descente tranquille vers Culoz que mon papa découvrait donc. On fait un nouvel arrêt pour profiter du panorama sur le Lac du Bourget et la Vallée du Rhône puis un autre à Culoz afin de se débarbouiller (à l’eau froide !) et mettre des vêtements secs.



Nous reprenons la route cette fois-ci direction Ambérieu-en-Bugey. Cette région du Bugey, que je ne connaissais pas, est magnifique.
Autoroute puis les contreforts du Bugey disparaissent dans le rétro. Je suis déjà nostalgique des montagnes que je ne pense pas revoir pour cette année…
Arrivée 23h à la maison, une douche rapide, un coucou à mon épouse et je m’effondre dans un bon sommeil réparateur !
DÉBRIEF
Au moment où je finis d’écrire cet article, 15 jours se sont déjà écoulés. Je garde un excellent souvenir de cette incroyable journée. Contrairement à ce que je redoutais, j’ai très bien récupéré et dès le début de la semaine, je me sentais prêt à reprendre le vélo. Le jeudi, j’ai fait une sortie de plat (quand même, il fallait finir de digérer le dénivelé !) et je volais sur le grand plateau !
Avec le recul, j’aurais quand même tenté le 4ème versant si j’avais eu le temps… Est-ce que je retenterais ce défi pour atteindre le rang de Grand Maître ? Sûrement dans 10 ans (pour les 50 ans !), l’âge moyen d’un Fêlé est de 47 ans, le timing sera presque bon si tout va bien. La connaissance des 3 routes (celle de Champagne restera mystérieuse…) sera un atout non négligeable. Je camperais sûrement la veille au pied du Grand Colombier pour éviter la fatigue du voyage et surtout pour pouvoir partir plus tôt. Je m’astreindrais aussi à un petit régime pour perdre quelques kilos qui pèsent beaucoup dans ces ascensions hors normes ! Je prévoirai aussi travail des abdos et des dorsaux pour transférer une partie du travail des mollets et des cuisses et éviter les crampes. Bref une préparation digne de ce nom pour affronter avec respect cette formidable montagne ! Enthousiasme et volonté seront sans aucun doute au RDV ! À bientôt Grand Colombier !
Si l’aventure vous tente, n’hésitez pas à consulter le site de la Confrérie des Fêlés du Grand Colombier : felesducolombier.fr
