Alpes – Sortie n°9

Collet de la Madeleine – Col de l’Iseran
Col de l’Iseran – 2764 m

Samedi 12 août / Distance 65,5 km / D+ 1484 m / 4h21

Après deux jours de mauvais temps, de belles éclaircies sont programmées pour ce jour. Je vais en profiter pour réaliser la dernière sortie de mon séjour et grimper, en marquant le coup, le plus haut col routier de France avec celui de l’Iseran et ses 2764 m d’altitude.

Ce sera aussi une balade en famille. Départ en fin de matinée pour rallier en voiture, comme pour la sortie au Col du Mont Cenis, Lanslebourg-Mont-Cenis. Cette fois-ci, on fera plus vite en prenant l’autoroute jusqu’à Modane puis la D1006 jusqu’à Lanslebourg-Mont-Cenis. Le soleil est au rendez-vous mais le fond de l’air est frais car nous sommes déjà à 1400 m d’altitude. Nous trouvons un coin tranquille au bord de l’Arc pour pique-niquer.

À 13h, je suis prêt pour affronter un col légendaire, celui de l’Iseran et ses 2764 m d’altitude, qui est aussi le plus haut col routier des Alpes ! Je le connais déjà pour l’avoir grimpé en 2008 depuis Bourg-St-Maurice (47 km / D+ 2029 m / 4,5%). Pour ce versant, le  menu est tout aussi copieux : 32 km pour 1455 m de D+ à 5% de moyenne.

À la sortie de Lanslebourg-Mont-Cenis.

Le départ est assez facile. Jusqu’à Lanslevillard, voisin de Lanslebourg-Mont-Cenis et constituant la seconde partie plus résidentielle de la Station de Val Cenis, la pente n’excède pas les 3%, idéal pour s’échauffer.

Sur la passerelle au-dessus de l’Arc à Lanslevillard.
Lanslevillard, en direction du Col de L’Iseran.

Par contre, à la sortie de la station, la déclivité s’accentue brutalement et me voilà à gravir le pied du Grand Roc Noir, un des sommets emblématiques du Massif de la Vanoise avec ses 3582 m, sur une série de larges lacets tournant autour des 9-10%. Ils m’offrent de beaux points de vue sur la vallée où je peux aussi deviner le passage du Col du Mont Cenis grimpé un peu plus tôt lors de mon séjour. Comme d’habitude, je laisse passer l’orage pour en garder sous la pédale car je sais que le final va me demander beaucoup de ressources.

Difficiles lacets au-dessus de Lanslevillard.
En se retournant, on distingue le passage du Col du Mont Cenis.

La pente se calme avec un agréable 7%. Je déniche la voie qui va me faire quitter temporairement la D902 et qui va me mener à un col intermédiaire : le Collet de la Madeleine. Pour les chasseurs de cols, c’est celui-là qu’il faut mettre dans sa besace, étant reconnu par le Club des Cents Cols, et non celui qui se trouve sur la D902 (voir plus bas dans mon récit).

Cette tranquille petite route franchie donc le Collet de la Madeleine – 1752 m, bien marqué dans le paysage et en présence d’une jolie chapelle. Autour de cette dernière, le joli hameau du Collet, constitué de plusieurs bâtisses aux murs de pierres surmontés de toits de lauze que quelques (heureux) propriétaires ont magnifiquement restaurés. Quelques souvenirs photos de ce havre de paix qui donne envie d’y passer tout un été et je bascule de l’autre côté pour retrouver très rapidement la D902.

La petite route vicinale qui mène au Collet de la Madeleine.
Collet en vue.
Un magnifique hameau constitué de maisons restaurées toutes en pierres.
Le Collet de la Madeleine – 1752 m.
Le versant Nord du Collet de la Madeleine.

Je retombe sur la D902. La Vallée de l’Arc s’est à nouveau élargie et offre une route large au relief constitué de faux-plats descendants et montants qui offrent peu de difficultés et une bonne occasion de se refaire la fraise avant le final. On peut aussi profiter du décor qui est sensationnel entre le fond champêtre de la vallée et les sommets environnants culminants pour la plupart à plus de 3000 mètres et enrobés chacun de glaciers à la blancheur éclatante.

Passage au-dessus de l’Arc peu avant Bessans.
Sur la D902 non loin de Bessans.
La vallée est très large et assez plate…
… ce qui permet de profiter de belles vues sur les sommets environnants. Ici, la Pointe de Charbonnel (3752 m) et son glacier.
La vallée commence à se resserrer au niveau du Villaron.
Une très jolie chapelle.
La fin de la vallée approche… un mur se dresse tout au fond…
La vallée propose un cadre naturel exceptionnel.

Les 12 km depuis le Collet de la Madeleine ont été vite avalés et me voilà désormais à Bonneval-sur-Arc, pied du final. Je fais un rapide détour sur les abords du village présenté comme l’un des plus beaux de France mais avec ce beau temps, les touristes sont venus en masse. Bien que j’en fasse un peu parti, je trouve qu’il y a trop de monde et cela ne me permet pas d’apprécier complètement ce petit bourg au charme certain. J’espère en avoir l’occasion une autre fois mais à une époque plus tranquille un mois de mai ou de septembre pour redécouvrir ce « bout du monde ».

Bonneval-sur-Arc, niché tout au fond de la vallée.
Un très beau village…
… qui attire beaucoup de touristes !
Toutes les maisons sont en pierres et toits de lauzes.

Je reviens sur la D902 et aborde le final dans un long lacet à gauche. Quasiment plus de répit jusqu’au sommet de cette ascension : près de 13 km pour 950 m de D+ à 7,5% de moyenne ! Il faut savoir aussi que l’essentiel de ce final se déroule au-dessus des 2000 mètres d’altitude rendant l’effort encore plus difficile !

La suite en images qui se passent presque de commentaires. N’hésitez pas à utiliser la fonction diaporama, beaucoup de photos sont en mode panorama pour le plaisir des yeux !

Rampe à la sortie de Bonneval-sur-Arc.
Le fond de la vallée se dessine rapidement.
Premier lacet.
Bonneval-sur-Arc est déjà minuscule dans le fond de la vallée.
Une vue vertigineuse sur le fond de la Vallée de l’Arc.
Un décor fabuleux !

Puis après avoir grimpé une monstrueuse épingle – 3,7 km à 8,5% – la route amorce un virage à gauche et s’enfonce dans le Vallon de la Lenta. Ce vallon suspendu est un des plus jolis coins que je n’ai jamais vu lors de mes ascensions alpestres ! C’est aussi l’occasion de profiter d’un replat salvateur : 1 kilomètre à 2% jusqu’au pont qui enjambe le Ruisseau de la Lenta non loin de l’antique Chapelle Saint-Barthélémy rappelant que ce col est emprunté depuis plusieurs siècles.

À l’entrée du Vallon de la Lenta.
Un lieu incroyable…
… où la nature est reine !
En se retournant, on devine l’étroit passage où la route s’est faufilée.

Puis la pente reprend ses droits : 4 km à 8,5%. Terrible à cette altitude – entre 2138 et 2476 m – le souffle est plus court, l’effort plus difficile. Une bonne fraîcheur s’est aussi installée malgré le beau temps présent, j’enfile un second coupe-vent que j’endurerais sans problème jusqu’au sommet. Dans un lacet, j’aperçois plus haut la route qui se faufile le long de la montagne, la vue est saisissante. Comme d’habitude, je ne m’affole pas et je poursuis tranquillement mon ascension m’émerveillant à chaque seconde de ce fantastique décor.

La haute montagne s’offre à vous.
Une sacrée escalade m’attend.
On en prend plein les mirettes. Ici, la cabane de Pied Montet.
Glaciers immaculés au sommet de la Pointe d’Andagne.
En se retournant, on se hisse au-dessus du Vallon de la Lenta.
Lacet au niveau des Rochers des Lisières (2371 m).

Au niveau du Pont de l’Oulietta se présente un nouveau replat, salvateur celui-là : 600 m à 2,5% jusqu’à un court tunnel qui ne nécessite pas d’éclairage puis 900 m à 4% jusqu’au Pont de la Neige à 2528 m d’altitude. Au cours de ce passage, la route s’est engouffrée dans une brèche et a débouché dans un environnement quasi minéral ! Quelques névés par ci par là rappellent qu’à cette altitude, on est au pays de la haute montagne.

Un replat salvateur…
Un court tunnel creusé dans la roche.
Le Pont de la Neige (2528 m).

Une petite pause photo et j’attaque le final et quel final ! Une rampe dingue de 1,9 km à 9% de moyenne a du en faire effrayer plus d’un ! Pour moi, ça passe sans casse, mon foncier acquis lors de mon séjour m’a donné l’assurance nécessaire pour surmonter ce gros effort.

J’ai appris par la suite que la route avait été coupée quelques jours suite à un éboulement le 24 juillet… heureusement que cela a été sans trop de conséquences et rapidement dégagé, j’aurais été bien frustré de me retrouver bloqué si près du sommet. Par contre, un cyclo et son frère qui avait entrepris la Route des Alpes (sens Nord-Sud) m’ont écrit pour me signaler qu’ils avaient du faire demi-tour au sommet et revenir (en voiture quand même) jusqu’à Lanslebourg en passant par les Vallées de la Tarentaise et de la Maurienne !

Final et rampe infernale !
En se retournant, vue sur le Pont de la Neige.
La route se hisse dans un décor sauvage et minéral.
À cet endroit a eu lieu un éboulement en juillet 2017 qui a été vite dégagé (heureusement pour moi !).
En se retournant, la rampe affiche 8-10% sur près de 2 kilomètres… à plus de 2500 m d’altitude, hard !

Ça y est, j’atteins le lacet qui annonce les derniers hectomètres – 800 m à 7% – qui sont une douceur et qui permettent de ne pas finir cette ascension dans l’agonie. Suite aux pluies de ces derniers, à cette altitude, c’est de la neige qui s’est déposée sur les sommets environnants. Le plafond nuageux masque la pointe du Signal de l’Iseran et un vent glacial a bien refroidi l’atmosphère. Pas facile d’avoir très beau temps au sommet du Col de l’Iseran à 2764 m d’altitude !

Le dernier kilomètre… ouf, facile !
Mon deuxième Iseran, une belle récompense.

Je retrouve ma famille pour la photo traditionnelle devant le panneau (qui affiche 6 mètres de plus que l’altitude officielle, IGN et la DDE se faisant la guégerre depuis de nombreuses années sur pas mal de panneaux de cols !). C’est toujours un peu la foire pour la pause photo du panneau entre les motards, cyclistes, randonneurs et touristes. Bon, on rigole quand même, il y a même un motard italien qui a trouvé que mon chien avait de beaux sourcils, à quoi il a répondu par un « wouf » méfiant !

Vue sur la chapelle de Notre-Dame de l’Iseran.
Passage du Col de l’Iseran et le restaurant.

Je mitraille de photos les environs qui proposent de somptueux panoramas ! Je savoure aussi l’instant : c’est mon second Iseran (le premier était en 2008 depuis Bourg-St-Maurice)) et troisième plus haute ascension, avec donc 2 fois le Col de l’Iseran et la Cime de la Bonette (2802 m). C’est aussi la dernière ascension de mon séjour en Maurienne, le temps passe si vite !

Vue depuis le parking.
Panorama sur l’Ouille Noire (3357 m).
Panorama sur le passage côté Maurienne.
Panorama sur la passage côté Tarentaise.

M’étant équipé d’une veste supplémentaire pour mieux supporter une descente caillante, je retourne à Lanslebourg-Mont-Cenis. Je m’éclate dans la descente. Je refais un petit détour à l’intérieur du village de Bonneval-sur-Arc. Je passe aussi par le centre de Bessans qui abrite un stade international de biathlon été/ hiver où l’équipe de France y a ses quartiers.

Cette fois-ci, je ne franchis par le Collet de la Madeleine mais, en restant sur la D902, le col routier de la Madeleine – 1746 m – non reconnu par le Club des Cents Cols. Géographiquement, il ne présente en effet aucun aspect propre à un col. Et il n’a rien à voir avec son homologue Mauriennois ! Par contre, la petite rampe pour y accéder m’a un peu brûlé les cuisses. Voilà, c’était la dernière montée de cette sortie, il ne me reste plus qu’à me laisser glisser jusqu’à Lanslebourg-Mont-Cenis où je dois rejoindre ma famille pour le retour en voiture tout en pensant que c’était une belle sortie pour conclure ce séjour en Maurienne.

Le « faux » Col de la Madeleine.

Conclusion sur le séjour en Maurienne

9 sorties m’ont permis de réaliser 504 km et 13 186 m de D+. Sur les 15 jours de mon séjour, du lundi 31 juillet au lundi 7 août, j’ai eu du beau temps et de la chaleur (les sorties à la fraîche m’ont évité de trop en souffrir). Les 5 derniers jours avec pluie et rares éclaircies ont été un peu plus compliqué au niveau de l’organisation. J’aurais aimé réaliser une sortie supplémentaire (Col du Grand Cucheron + Col de Champ Laurent avaient ma préférence) mais cela n’a pas été possible.

J’ai franchi 19 cols différents et 6 « 2000 » dont certains par des versants inédits que j’avais déjà gravis (Col du Mollard, Col de la Madeleine, Col de la Croix de Fer, Col de l’Iseran). J’ai beaucoup aimé cet aspect.

8 sorties présentaient un dénivelé positif supérieur à 1000 m (1185 à 2500), autant vous dire que je m’étais posé pas mal de question sur mes possibilités lors de ma préparation ! J’ai essayé de m’approcher assez souvent des 1000 m de D+ lors de mes sorties dans mes bosses côte-d’oriennes. Il faut y ajouter un petit week-end en juin à Grenoble (où j’ai bien souffert) qui m’ont aidé à acquérir un minimum d’endurance. En alternant repos (c’est quand même les vacances !), balades, piscine, barbecues, apéros et expérience, c’est finalement passer comme une lettre à la poste !

En tout cas, la Maurienne m’a bien impressionné avec tous ces sommets à 2500 – 3000 m alentours, on sent beaucoup que c’est un lieu de haute montagne. J’y retournerais sûrement une autre fois car quelques belles ascensions sont encore à faire comme le Col du Grand Cucheron, la Station de la Toussuire, le Plan du Lac, le Plan d’Aval.

5 réflexions au sujet de « Alpes – Sortie n°9 »

    1. Merci Idris ! J’avais eu une pensée pour toi lors de l’ascension car malgré 2 tentatives, tu n’as pas pu grimper ce versant, sauf jusqu’au « faux » Col de la Madeleine si je ne me trompe pas.
      Toujours sur le carreau ?! Ben mince, allez continue à te soigner, l’hiver est bientôt terminé, la santé va revenir avec le printemps 😉 !

  1. Hé oui tout à fait…
    La première fois en 2012, j’avais remonté la vallée depuis Modane, mais j’étais en gros manque de sommeil et je m’étais rabattu sur le col du Mont Cenis.
    La 2eme fois en 2013, retard de train qui m’amenait à Modane et du coup plus le temps de faire la boucle pour reprendre le train à Bourg Saint Maurice ensuite. Les jambes n’étaient pas super ce jour là, du coup impossible de me projeter au risque d’être coincé en bout de vallée…

    Entre temps j’avais monté le versant Bourg Saint Maurice. Un jour j’espère y retourner…un jour… Mais probablement pas d’Alpes pour moi cette année…

    J’espère reprendre le vélo samedi mais c’est la météo qui fait des siennes alors j’espère avant la fin du mois…. Je suis encore limite pour la cicatrisation du genou… C’est long, une éternité…

  2. Bonjour Joris,
    Super article et de bien belles photos!
    La dernière partie offre des paysages magnifiques que je n’ai malheureusement pas pu observé lors de mon périple cet été. Je n’ai descendu que 1km côté Maurienne avant que la DDE ne me force à rebrousser chemin. De cette très courte descente, je me souviens quand même d’avoir échappé de peu à une marmotte kamikaze, traversant à moins de 2m devant moi!

    Cet article donne forcément envie d’y retourner!

    Bonne continuation,

    Fabien (le cyclo bloqué par l’éboulement!)

    1. Salut Fabien,
      Ah tu avais pu quand même descendre un peu de l’autre côté, dommage que tu n’aies pas pu contourner l’éboulement (bon, il y a quand même un bon ravin si j’ai bien souvenir…). Très drôle la marmotte kamikaze !!! J’espère qu’il y aura une autre fois pour toi même si ce n’est pas facile car ce col a la particularité d’être vraiment long à aller chercher, planqué qu’il est tout au fond des Vallées de la Tarentaise ou de la Maurienne !

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