Alpes / Savoie – sortie n°3

Col de la Madeleine
Col de la Madeleine, le Mont Blanc est à gauche, caché dans les nuages.

Jeudi 3 août / Distance 41 km / D+ 1560 m / 3h12

Après une journée off, je suis d’attaque pour une des plus grosses ascensions de ce séjour : le Col de la Madeleine. J’ai déjà gravi ce col en 2006 et j’en étais venu à bout avec difficulté. Depuis la Chambre, au Sud, ses 19,3 km pour 1521 m de D+ à 8% de moyenne – où il n’y pas un seul replat – en font un des cols les plus durs des Alpes françaises.

Cependant, je ne vais pas faire la montée traditionnelle via la D213 mais plutôt celle via la D76 qui passe par Montgellafrey et qui se trouve sur le versant opposé de la Vallée du Bugeon histoire de découvrir cette autre variante plutôt méconnue. Un chouia plus longue – 19,7 km – la sanction est quasi la même avec 1519 m à 7,5% de moyenne. Départ vers 8h pour profiter de la fraîcheur matinale et aussi pour profiter d’un petit événement spécial qui se passera un peu plus haut…

Profil du Col de la Madeleine via Montgellafrey
Depuis St-Martin-sur-la-Chambre, on distingue nettement la route de Montgellafrey.

Depuis la sortie du camping, je peux déjà apercevoir un passage haut perché qui laisse deviner une ascension dantesque ! Mais avant cela, je commence par une descente jusqu’à la Chambre puis  il me suffit de suivre la D76a sur quelques centaines de mètres pour me retrouver au pied de l’ascension du Col de la Madeleine via Montgellafrey. Je prends la D76.

La montée commence doucement, ce qui permet de m’échauffer un peu, puis s’accentue dès le premier virage. Je ne force rien jusqu’à Notre-Dame-du-Cruet, le village est encore plongé dans l’ombre et les gens dorment encore. Tant mieux, les voitures seront de sortie plus tard mais je m’inquiéterai pour rien car je ne croiserais que 5 ou 6 véhicules seulement !

Départ de l’ascension du Col de la Medeline via Montgellafrey (D76) depuis la Chambre.
Traversée de Notre-Dame-du-Cruet.

À la sortie de Notre-Dame-du-Cruet, la pente se dresse brusquement à 8% sur 800 m, le ton est donné. Et ça ne se calmera pas pour la suite : 4,1 km à… 10% de moyenne ! Par contre, par rapport à la montée traditionnelle, les points vues sont plus dégagés et je peux profiter de paysage superbes sur la Vallée de la Maurienne, les sommets du Massif de Belledonne et même sur le Col de la Madeleine tout là-haut !

Pente à 9-10% dès la sortie de Notre-Dame-du-Cruet.
On prend vite de la hauteur pour profiter de chouettes vues, notamment sur la route traditionnelle (D213) sur l’autre versant de la Vallée du Bugeon.
Panorama sur la Vallée de la Maurienne. On distingue bien l’accès au Col du Glandon.
Un gros lacet sous le regard des sommets du Massif de Belledonne.
Le Col de la Madeleine… est encore loin… tout là haut…

Un petit mais terrible raidard à 13% me dépose sur un replat salvateur qui va me mener à Montgellafrey, première étape intermédiaire de mon ascension. Le village est sympa avec son côté authentique montagnard, je fais une courte pause, déambule un peu dans le village pour voir 2-3 curiosités puis reprends la suite de ma balade.

Pause à Montgellafrey…
… car ça repart sévère pour la suite !
Un peu de culture…
C’est marrant, il n’y a pas de vignes à Montgellafrey !
La porte de l’église en question, pas évident à dénicher…
Un beau four à pain.

Ouch, ça grimpe sévère dès la sortie du village et la vue de la rampe pourrait en démoraliser plus d’un… mais pas moi héhéhé, c’est que je suis en forme ! La route continue de montée, je peux souvent apercevoir la route traditionnelle de l’autre côté de la vallée, elle est toujours plus basse que la voie sur laquelle je suis. Assez étonnant mais le profil est bien différent et arrivera de toute façon au même niveau un peu plus haut à la Station Longchamp 1650.

La route s’élève encore plus, on découvre d’autres sommets !
La route est un peu rapiécée par endroit mais est globalement très correcte.

En tout cas, cette variante est très plaisante, bien plus que le versant traditionnelle, on y est tranquille, l’asphalte est correct sur une route assez large qui se cabre tout de même sur des pentes à 9-10% / 1,6 km depuis Montgellafrey. Les affaires se calment ensuite avec 1,2 km à 7% de moyenne. Puis un nouveau coup de cul me fait passer 106 m de dénivelé à 11,5% en moins d’un kilomètre au niveau de la Combe de la Croix, un endroit au décor minéral qui débouche d’ailleurs au-dessus des Cheminées des Fées que l’on ne peut malheureusement pas voir (par contre, c’est possible depuis l’autre versant).

Vue sur le Col du CHaussy grimpé quelques jours auparavant.
Je vais bientôt rejoindre la Station de St-François-Longchamp.

Puis deux épingles sans grandes difficultés m’amènent au hameau bien nommé du Replat où je peux relâcher un peu les jambes. La route file vers la Station de Longchamp 1650, seconde et dernière étape intermédiaire avant le final. Mais pour cela, il faut encore faire un gros kilomètre sur une pente à 6,5/7%.

Mais je profite avant d’un replat qui fait du bien !
Petit coup d’œil sur la route traditionnelle sur l’autre versant de la vallée.
Aperçu de Montgellafrey (alt. 1067 m)… pourtant bien petit en contrebas et sur les sommets du Massif de Belledonne.

Je me retrouve désormais au milieu de la civilisation à Longchamp 1650 puis je me hisse au-dessus de la station en suivant une rue sans charme bordée d’immeubles mais la pente m’occupe bien avec bien 1,2 km à 7,5%. Je débouche enfin sur la D213 où je vais profiter d’un événement spécial : la route est fermée ce matin aux véhicules motorisés de la station jusqu’au Col de la Madeleine et ce jusqu’à midi ! Cooooool !

J’ai déjà connu ce type d’organisation pour le Col d’Izoard mais par contre, c’était pour la totalité de la montée, plus sauvage et sans villages ou hameaux à traverser. Pour le Col de la Madeleine, ce serait beaucoup plus difficile car il y a de nombreuses habitations tout au long de la montée. Pour aujourd’hui, ce sera juste la partie finale mais c’est tout bon à prendre avec les 4 derniers kilomètres.

C’est parti pour le final, ça se passe bien, très bien même, il fait beau, déjà grimpé en 2006, je retrouve le cadre enchanteur avec ses pâturages (non pollués par la station qui a eu le bon goût d’étendre son domaine skiable – à part le Télésiège de la Lauzière – sur le flanc du Cheval Noir) et ses vues vertigineuses et plongeantes sur la Vallée de la Maurienne.

Le final se fait au-dessus de St-François-Longchamp.

Il y a du monde aussi, des gens partis à pied depuis la station, des cyclos comme moi et puis des VAE (Vélo à Assistance Électrique) par dizaines ! Par contre, ils sont un peu pénibles, ils roulent un peu n’importe comment, s’excusent à chaque fois qu’ils vous dépassent (plusieurs fois parce qu’ils font souvent des arrêts quand même !) à près de 30 à l’heure mais ils ne le pensent jamais ! Comment peuvent-ils ressentir l’effort que l’on a fourni depuis près de 2 heures (pour des grimpeurs assez moyens comme moi) ? En plus la plupart sont seulement partis de la station et non pas depuis la Chambre ! Bon, en réfléchissant, si ça évite à une famille de prendre la voiture pour visiter un col, pourquoi pas… Mais je pense qu’ils ne devraient rien dire en nous dépassant, nous les cyclos “normaux”, afin de respecter nos efforts et souffrances ! Qu’en pensez-vous ?

Bon, pendant ce temps-là mon moteur tourne comme une horloge, la bonne rampe qui mène au Télésiège de la Lauzière est passée sans encombres. Hop le fameux lacet et c’est la quille avec le dernier kilomètre qui file vers le sommet du Col de la Madeleine que j’atteins avec une belle banane !

Une fois ce lacet franchi, le plus dur est fait.
Le dernier kilomètre.

Col de la Madeleine – 1993 m. Je fais la pose-photo devant le panneau – on dirait plutôt une stèle que je trouve moche – qui indique 2000 m. IGN et le département ne se sont jamais mis d’accord ! Je fais plutôt confiance à IGN, d’ailleurs pour atteindre véritablement les 2000 m, il faut grimper les 7 mètres supplémentaires en se rendant au bar-restaurant-souvenirs qui se trouve en haut du parking. On y retrouve les anciens panneaux du col, les vrais qui ont heureusement été sauvés par le propriétaire !

Je traîne pas mal en prenant pas mal de photos, avec le nouveau parking, le Col de la Madeleine a bénéficié d’un bel aménagement qui permet surtout d’admirer le Roi des Alpes : le Mont Blanc et ses 4810 m. Hélas, aujourd’hui il a décidé de mettre son “bonnet” ! Par contre, les autres vues sont superbes avec les Massifs de Belledonne et des Galibier-Grandes Rousses ainsi que les Aiguilles d’Arves au Sud. Bien sûr, il y a aussi les spectaculaires sommets de la Chaîne de la Lauzières tout près du Col du Col de la Madeleine. Bref un très beau col !

Myself !
Col de la Madeleine – panorama Nord.
Col de la Madeleine – panorama Sud.
Col de la Madeleine – panorama Ouest.
Col de la Madeleine – panorama Est.
Un ancien panneau… et ici, je suis réellement à 2000 m !
Souvenir de l’ancienne pancarte du col.
Quel panorama ! On peut voir les Aiguilles d’Arves, les Massifs des Galibier-Grandes Rousses et de Belledonne.
Snif, le Mont Blanc s’est caché !
Les impressionnants sommets de la Chaîne de la Lauzière.

Cependant, avant de quitter le col, je ne me doute pas un seul instant qu’un petit drame allait s’y dérouler quelques jours plus tard… C’était le lundi après-midi suivant, j’avais emmené ma petite famille se promener au col et profiter de la vue sur le Mont Blanc… nous avions emprunté un petit sentier en direction de la Chaîne de la Lauzière pour nous promener tranquillement. Nous avions fait un arrêt de plusieurs minutes pour laisser passer un gros troupeau de vaches qui remontait à l’étable de traite. Le sentier était rendu boueux et plein de trous suite à leur passage, lorsque nous sommes repartis, mon fils Victor a fait une toute petite glissade et sa chute s’est mal terminée par une double fracture avec déplacement du poignet gauche ! Bon là, je ne vous laisse imaginer la scène et la douleur qu’il a eu, son poignet faisait un angle affreux ! Nous étions à 300 m du restaurant-bar-souvenir… il a fallu y revenir à pied… les 300 plus longs mètres de ma vie ! Mon fils a été bien courageux… pour la suite de l’histoire, je résume :

  • Au restaurant-bar-souvenir : propriétaires très sympas qui ont fait tout de suite une prise en charge avec couverture, glace pour un premier soulagement, le temps de trouver une solution… pompiers, samu ? Les propriétaires nous conseillent de descendre à la station de Longchamps 1650 où se trouve un médecin qui possède tout l’équipement pour les premiers soins.
  • descente en voiture à une allure d’escargot jusqu’à la station, la moindre secousse était terrible pour mon fils.
  • Prise en charge immédiate par le médecin, radio (bon là, c’était horrible !), diagnostic : direction l’hôpital, il va falloir opérer ! Un premier plâtre a été mis en place puis enfin une piqûre de morphine pour faire passer la douleur qui était insupportable !
  • Rapatriement en ambulance jusqu’à l’hôpital de St-Jean-de-Maurienne, admission aux urgences, nouvelles radios, confirmation de l’opération qui sera prévue le lendemain matin, nouvelle piqûre de morphine puis nuit à l’hôpital, ma femme a pu rester avec lui, pour ma part, retour au camping avec ma fille et le chien.
  • Opération le mardi matin à 8h, elle s’est bien passée et le chirurgien a fait du super boulot. Par contre, plâtre pour 6 semaines + encore 2 semaines sans sport !
  • Nous avons passé la journée avec lui à l’hôpital, le chirurgien a préféré le garder en observation encore une nuit. Victor est sorti de l’hôpital mercredi midi, 2 jours plus tard, il fêtait ses 14 ans !
  • Je tiens à préciser que tout le personnel soignant, le chirurgien et les ambulanciers ont été super gentils, ça nous a fait le plus grand bien pour traverser cette petite épreuve dont on se serait bien passée !
Vue du Col de la Madeleine quelques jours plus tard.
Une vue inédite du Col de la Madeleine depuis la Route forestière de Servion dans la Vallée de la Maurienne.
Mon p’tit gars, quelques jours avant son accident… saluant la Vallée de la Maurienne !

En tout cas, ce Col de la Madeleine me laissera des souvenirs bien différents… il est temps de redescendre. Je suis tout de même content d’avoir rempli un petit objectif : sur les 3 ascensions possibles en vélo de route, il ne me reste plus que le versant Nord que j’espère faire un jour.

Dans la descente vers la Station de Longchamp 1650, il y a pas mal de promeneurs et une petite fille échappe à la vigilance de sa mère et traverse la route sans me voir (même si la route est fermée, je roule toujours à droite), j’ai tout juste le temps de freiner et de faire un écart, je cris, la mère rattrape à temps sa fille, pfiouuuu, je passe à 1 mètre et  ! Des trucs cons j’vous jure !

Le retour se fera par la route traditionnelle, je me repasse des souvenirs de ma première ascension. La pente est aussi terrible de ce côté, en plus, il est 11h30 passé et c’est un vrai four, le goudron est un peu fondu par endroit, je fais très attention. Je croise pas mal de cyclos, souvent à l’agonie à mi-parcours ou seulement dans le premiers tiers. La route finale rouvre à midi, ils n’auront pas le temps d’en profiter !

Pour la fin de cette superbe sortie, c’est cool car je n’ai plus qu’à me laisser glisser jusqu’à St-Martin-sur-la-Chambre pour aboutir directement au camping. Cette sortie était un bon test, près de 1500 m de D+ et un sommet en haute altitude, j’ai pu voir que la caisse a tenu le choc et cela m’a rassuré pour la suite du séjour où j’allais pas me taper plusieurs ascensions du même tonneau.