Mont Ventoux par Malaucène

Mont Ventoux par Malaucène

Col de la Madeleine / Col d’Anrès ou de St-Michel / Col de Ronin
Mont Ventoux / Col des Tempêtes

Mardi 21 juillet / Distance 58 km / D+ 1840 m

Brouillard dans le Ventoux !

2 jours après avoir grimpé le Ventoux par Sault en compagnie de Gil, l’Ange Blanc, je remets le couvert mais cette fois-ci par Malaucène, le dernier des 3 versants manquant à mon palmarès. Déjà descendu à 2 reprises, je n’ai pas manqué de noter que ce versant est aussi dur que celui de Bédoin. Le versant Bédoin est roi mais la montée par Malaucène offre des points de vue plus nombreux. Je n’allais malheureusement pas en profiter jusqu’au sommet…

2 jours plus tôt, lors de ma sortie avec Gil, la météo n’était pas folichonne mais le sommet était bien dégagé. Aujourd’hui, la météo était correcte en bas mais un manteau nuageux enveloppait la partie sommitale ! Et ce depuis hier avec une série d’orages qui a rythmé toute la journée du dimanche, flanquant par terre par la même occasion le projet d’y aller faire une balade en famille et de pouvoir faire quelques photos.

Départ tranquille à 9h en espérant que les nuages soient chassés avec le Mistral annoncé pour aujourd’hui. Je ne m’inquiète pas trop pour le Mistral, Gil m’ayant rassuré en m’indiquant qu’il était plutôt favorable lors de la montée de la face Nord. Je me faufile à travers le marché de Bédoin et prends la direction de Malaucène. Les Cols de la Madeleine, d’Anrès (ou de St-Michel) et de Ronin constitueront un échauffement idéal. Le soleil est là mais l’air est frais… 22°C pour l’instant mais ça ne va pas durer…

À la sortie du camping, vue sur le sommet du Ventoux… dans les nuages !
Bédoin
Vue sur le Ventoux à la sortie de Bédoin en direction de Malaucène.
Dans le Col de la Madeleine.

Dans la descente du petit Col de Ronin vers Malaucène, j’ai une vue splendide sur le Ventoux mais son sommet est toujours dans les nuages, inquiétant… A Malaucène, je tombe le coupe-vent et envisage pensivement l’ascension : 21 km – 1535 m de D+ à plus de 7% de moyenne, voilà le délicieux plat que je m’apprêtais à déguster ! Mon histoire vélo est liée au Ventoux depuis le début, il y a une douzaine d’années et cette montée par Malaucène, j’en rêvais depuis longtemps, c’est donc avec une joie certaine que je démarre cette mythique ascension.

Au-dessus de Malaucène, le Mont Chauve cache toujours sa calvitie !
L’église de Malaucène.
La célèbre fontaine de Malaucène, la dernière occasion de refaire les niveaux des bidons.

Le départ se passe très bien avec un petit kilomètre qui donne un chouia le ton avec une pente à 7%, du coup on arrive assez rapidement sur un replat avec l’air naturelle du Grosseau, coin charmant tout à l’ombre. Un virage à droite et la pente reprend ses droits avec 3 km à 7/9%. J’ai de bonnes jambes mais je mouline tranquillement. Un fourgon belge est stationné dans un virage et son chauffeur va accompagner/assister tout le long de la montée un club de cyclos belges (environ une dizaine) qui sont partis peu après moi. Je les retrouverais tous au sommet mais bien au chaud dans leur fourgon…

Dans Malaucène, la toute première rampe de l’ascension.
À la sortie de Malaucène, la pente est entre 6 et 7%.
Col du Mont Ventoux !!! Je ne le connais pas celui-là !
Juste après l’air naturelle du Grosseau, la pente remonte à plus de 7%.
Route billard, bien large, le partage avec les voitures est bien plus plaisant de ce côté que de celui de Bédoin.

Dans cette première partie, il y a un rocher remarquable, celui du Portail St-Jean puis une jolie vue sur le Domaine de St-Baudille et qui permet de constater que l’on prend de la hauteur.

Le Rocher du Portail St-Jean.
Le Domaine de St-Baudille.
La forêt de pins est plus aéré que celle côté Bédoin, on y respire bien mieux !
Dans la montée, passage à 9%.

Après un peu plus de 4 km d’ascension, la pente se calme et la déclivité va tourner autour de 2 à 5% sur les 5 kilomètres suivants. La route est large, un vrai billard mais sur les conseils de Gil, je roule tranquille afin de garder mes forces pour la suite et j’en aurais bien besoin ! Cependant, un truc m’inquiète franchement, j’ai plusieurs fois l’occasion de voir que le sommet est toujours dans les nuages… c’est vraiment pas bon pour la suite ! Et l’air se rafraîchit au fur et à mesure de l’ascension… la température est à 18°C lorsque j’atteins les 1000 m d’altitude, il en fera 9 de moins une fois au sommet !

Le replat, un délice à savourer doucement !
C’est bientôt la fin du replat.
Allez hop, ça regrimpe dans les 8/9%…

Peu après avoir dépassé la Maison forestière des Ramayettes je fais une petite pause photo à un belvédère qui permet d’avoir un panorama magnifique sur les Baronnies. Au 9ème kilomètre, c’est la fin des festivités, il en reste 11 et pour bien marquer le coup, on arrive au pied d’un véritable mur droit comme un i et une borne indique le prochain kilomètre à 12% ! Ben, comme d’habitude, je passe en mode diesel, mets mon moral de super guerrier en mode ON et let’s go !

Des nuages bien inquiétants au sommet du Ventoux…
Panorama sur les Baronnies.
Le kilomètre à 12% !

Après ce terrible premier kilomètre, et bien on remet le couvert ! En fait, les 3 suivants sont à 10% ! A 8 km/h, c’est long mais les jambes tiennent bien le coup, je ne ressens aucune douleur. Mais, mais… ça caille de plus en plus ! Je perds un degré tous les kilomètres ! Et là, je balise un peu à la vue du sommet plus proche : les nuages sont bien accrochés et sont bien épais… le Mistral commence à souffler fort… j’ai juste un coupe-vent tout léger que j’enfile…

Un lacet monstrueux !

Bon, il y a toujours un peu de monde qui grimpe en ma compagnie, certains me doublent en mode formule 1, j’en double un ou deux et quelques uns en mode “arrêt-c’est trop dur”. Dans ma tête, je pensais que la Station du Mont Serein se trouvait à mi-chemin mais elle se situe plutôt au deux-tiers au 15ème kilomètre, du coup j’ai trouvé le temps un peu long. Heureusement, la pente lâche du lest à son approche, ça fait du bien même si je me retrouve désormais dans les nuages !

Enfin le Mont Serein, je file vers le Chalet Liotard espérant y trouver un petit abri pour manger une pâte de fruit, ben rien du tout ! Et manque de pot, j’avais oublié de prendre un peu d’argent, j’y aurais volontiers bu un café bien chaud ! Ca caille grave – 10°C – et c’est pô cool ! Je repars aussitôt sinon, j’allais geler sur place !

Il faut grimper un nouveau mur d’un kilomètre à 11% de moyenne, c’est presque tant mieux, l’effort permet de me réchauffer. Dans un lacet, le vent souffle fort et fait déplacer des volutes de nuages, la vision est impressionnante, d’autant plus que le brouillard s’épaissit de plus en plus et quelques voitures redescendent les phares allumés… Je pense un instant à faire demi-tour mais au final tout cet effort à moins de 6 km de l’arrivée… je serre les dents et poursuis.

Enfin le Mont Serein !
Dans la première rampe au dessus du Mont Serein, la photo a tendance à gommer
certains aspects comme le fait que je suis bien dans les nuages !
Le lacet à la sortie du passage à 11%.

Au 16ème kilomètre, une douceur avec une déclivité qui redescend à moins de 6%… j’en ai bien besoin, le vent souffle de côté mais ne m’ait pas trop défavorable. Je peste : encore un degré de perdu, il fait 9°C, mon coupe-vent ne me protège quasiment pas, rhaaa se prendre l’hiver un 21 juillet ! Je rase la paroi comme pour m’y abriter. La forêt se découvre, je devine – car là je suis dans une mélasse pas possible et je n’y vois pas à plus de 50 m – que j’aborde la partie finale. Le vent souffle fort et provoque un bruit à vous glacer le sang en faisant claquer les barrières de protection. Quelques cyclos redescendent, congelés mais m’adressent un petit signe d’encouragement. Les 4 derniers kilomètres sont à 8%, la peur de me prendre une rafale de vent qui pourrait me faire chuter, le froid, le brouillard, ce sommet invisible me procurent une sorte d’adrénaline qui fait que je ne me sens pas fatigué et que j’ai même de bonnes jambes. Voilà au moins un point positif dans cette balade devenue galère !

Dans la partie finale, le petit point grisâtre juste au centre de la photo,
c’est un cyclo… seulement 50 m devant moi !

Un cyclo hollandais me double, l’air apeuré et perdu, il me demande en anglais combien de kilomètre il reste, je regarde mon compteur et lui réponds “one kilometer !”, il accélère, son ombre disparaît dans le brouillard… Je rentre les épaules et grimpe prudemment, le vent – de plus en plus polaire – rugit de plus en plus, un lacet, une rafale me fait tanguer puis… le sommet ! Là, comme ça, d’un coup, ça fait bizarre !

Quelques cyclos frigorifiés errent autour du panneau. Je me calfeutre 30 secondes dans un recoin du bâtiment de la tour de l’Observatoire. Pas de photos, c’est même presque la nuit ! Ah si, une seule, je me prends en selfie avec le panneau histoire de garder un petit souvenir (bien que je m’en souviendrais longtemps). Je m’y reprends à 3 fois car mes doigts sont gelés. Allez zou, j’me casse vite fait et bien déçu de ne pas avoir pu profiter du sommet.

Une photo rare ! Personne ne se bouscule autour du panneau pour la photo !
Suis même obligé de me prendre en mode selfie ! Allez, je pourrais raconter à mes petits-enfants : j’y étais !!!

J’entame la descente côté Bédoin. De ce côté, le vent hurle ! Je vois des cyclos qui descendent à pied… je réfléchis vite : lors de mon ascension par Bédoin en 2007, je m’étais pris ce même vent avec des rafales très dangereuses au niveau du Col des Tempêtes et ces cyclos qui sont montés du côté Bédoin, ont rencontré un peu plus tôt le danger. Je fais comme eux, je décale et commence à descendre à pied, quelle galère ! J’ai très froid, la descente à pied est pénible, avec les cales, la forte pente et les rafales de vent qui me secouent dans tous les sens, c’est même devenu un jeu de funambule !

Au passage du Col des Tempêtes, la situation est à son paroxysme : le vent s’y engouffre avec une telle puissance que je suis obligé de me cramponner à mon vélo pour éviter qu’il s’envole ! Une seconde après, un des 2 cyclos (belges) retient d’une main son vélo carbone quasi projeté en l’air ! Autant vous dire que mon coeur battait à tout rompre ! La scène était surréaliste : des dizaines de cyclos continuaient à monter ! Pour certains, debout sur les pédales, jetant leurs dernières forces, à 2 km/h, d’autres finissaient à pied… ils avaient tous une mauvaise mine mais, pour le connaître, ils avaient tous, malgré la souffrance et le temps impossible, l’envie d’atteindre le sommet du Ventoux !

Je croise au plus près tous ces gens courageux car je suis obligé de marcher à gauche de la route, à droite une rafale m’aurait sans doute projeter dans le ravin. Je claque des dents, au niveau de la stèle de Tom Simpson, je sens que je dérape et VLAN, SUR LE CUL ! Le vent glacial avait commencé à déposer un léger givre sur la route ! Je jure, toujours assis, je redresse mon vélo vautré sur moi, je me tâte, ça a l’air d’aller, mon avant-bras gauche a perdu un peu de vernis, je reprends mon souffle 30 secondes, personne ne s’occupe de savoir si je vais bien, c’est normal tout le monde est en souffrance, je me mets debout et reprends prudemment ma descente, toujours à pied.

Après environ 2,5 km de descente, toujours dans les nuages, je sens que le vent a moins de prise. J’enfourche mon vélo, garde un pied décalé pour maintenir un certain équilibre et rejoins doucement le Chalet Reynard. A un kilomètre du chalet, je vois à nouveau la lumière. Je fais une brève halte au chalet mais ça caille toujours autant. Des dizaines de cyclos arrivent toujours, ils ne devinent pas encore que ça va être la galère totale dans un kilomètre ! Mais comment faire demi-tour après avoir grimpé cette pente de dingue depuis Bédoin ?! Tant d’efforts pour arriver jusqu’au chalet… non, ils iront jusqu’au sommet ! Le mythe du Ventoux dans toute sa plendeur !

Dans la descente vers le Chalet Reynard… là-haut, c’est l’enfer !

Je continue à descendre un peu et m’arrête au niveau des derniers chalets que l’on peut voir sous le Chalet Reynard. Un rayon de soleil ! Je m’y réfugie dessous pour me réchauffer ! J’avale une barre de céréales et reprends mes esprits avant d’aborder la descente finale. J’ai toujours froid même si la température est remontée à 18°C. Je repars mais je descends sans plaisir. Je suis assez contrarié de ne pas avoir pu profiter du paysage et du sommet, de ne pas avoir pu prendre des photos. Et cette météo, un truc de dingue ! Je rangerais cette sortie dans la catégorie exploit mais pas comme l’une des plus belles…

Après le virage de St-Estève, je jette un coup d’oeil au Ventoux toujours encapuchonné dans son manteau de nuage… j’y reviendrais sûrement un jour, avec météo parfaite obligatoire, pour pouvoir apprécier pleinement cette belle montée par Malaucène.

Arrivée au camping. Fourbu, je me vautre dans le transat et réchauffe mes pieds à moitié bleus. Le soleil est présent en bas. Il fait 26°C !

Pour finir ce petit séjour, l’après-midi, petite balade voiture en famille en passant par Malaucène, le joli Col de Suzette et son magnifique village du même nom, les magnifiques Dentelles de Montmirail. Le sommet du Ventoux était toujours dans les nuages et j’imaginais des dizaines de cyclos en train de grimper le Géant et de vivre la même galère que moi ce matin…

C’est en faisant le tour qu’une chose m’ait apparu clairement : son isolement géographique qui semble le rendre accessible… le Ventoux m’a rappelé une chose ce matin… à 1911 m, c’est une véritable montagne ! On ne s’en rend pas compte lorsqu’on le grimpe et je retiendrais qu’il ne faut pas sous-estimer cet aspect.

Au moment où je termine cet article, j’ai aussi découvert sur wikipedia ce point très intéressant : le vent est supérieur à 90 km/h les deux tiers de l’année et au sommet, il souffle en moyenne pendant 240 jours, soit deux jours sur trois. On distingue principalement trois types de vent. Le mistral, tout d’abord, qui se subdivise en « mistral blanc » et « mistral noir ». Le premier, le plus connu, descend le long de la vallée du Rhône et sa force rend le ciel d’un bleu lumineux. Le second souffle avec des retours d’est et apporte un ciel nuageux. Au sommet du ventoux, il souffle en moyenne pendant 151 jours. Sa plus grande vitesse a été enregistrée à 313 km/h le 20 mars 1967.

Le « marin » est un vent du sud qui apporte la pluie. C’est lui qui détient le record de vitesse puisqu’il a été enregistré à deux reprises les 15 février et 19 novembre 1967, à 320 km/h. – Décidément, il ne faisait pas bon de grimper le Ventoux en 1967 ! – En effet, le mont s’étendant perpendiculairement au vent, il s’y produit un effet Venturi accélérant le flux d’air, comme sur l’extrados d’une aile d’avion. Le troisième est la « ventoureso » ou brise du Ventoux. Cet air froid et sec, très rafraîchissant l’été, descend des Alpes du Sud et souffle jusqu’en Camargue.” (source : wikipedia).

Ce jour là, c’était le Mistral Noir !

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