Alpes – Trilogie Cayolle / Champs / Allos

Trilogie
col de la Cayolle (versant Nord)
col des Champs (versant Est)
col d’Allos (versant Sud)

Mercredi 11 août / Distance 117 km / D+ 3233 m

Cols de la Cayolle / des Champs / d’Allos : depuis 2 jours, j’ai pris la résolution de réaliser un GROS, GROS pari : enchaîner 3 cols de plus de 2000 m !!! Ce sera une sortie d’anthologie avec 120 kms, les Cols de la Cayolle (2327 m), des Champs (2087 m) et d’Allos (2244 m), 3400 m de dénivelé et… 8h30 de selle avec un final dantesque !!! J’en frissonne encore mais c’est une expérience comme je m’en souviendrais de toute ma vie.

Le col de la Cayolle au départ de Barcelonnette était bien prévu dans mon programme mais quelques temps avant les vacances, j’avais repéré ce parcours et mis cette idée dans un coin de ma tête. Ma bonne forme physique et le désir ardent d’afficher à mon tableau de chasse 2 cols supplémentaires à plus de 2000 m m’ont conforté de réaliser ce pari.

Ce pari me permettait de répondre à plusieurs questions : qu’est-ce que cela faisait d’enchaîner plusieurs cols, jusqu’où je pouvais aller physiquement, à quoi ressemblait l’autre versant du col d’Allos ? De plus, le col des Champs m’attirait beaucoup (c’est un 2000 m) et l’occasion de le faire une autre fois était difficile car sa situation un peu isolée ne donnait pas la possibilité d’établir un séjour estival avec un camp de base idéal.

Col de la Cayolle
Départ donc vers 9h (oui, j’suis un peu fainéant le matin mais c’est les vacances !) avec la musette pleine à rabort de barres de céréales ainsi que le casse-croûte du midi. 1er col avec celui de la Cayolle, la plus longue de toutes les ascensions réalisées ces derniers jours : 29 km. Je décide de rouler pianissimo car la journée va être quand même sacrément longue et il faut que je gère mes forces.

Après « Uvernet Fours » (alt. 1183 m), la route s’enfile s’enfile dans les« Gorges du Bachelard », la pente est assez douce et surtout le décor est fabuleux car on se trouve au fond des gorges. Tout heureux par tant de beauté, j’enchaîne tranquillement sur une route très étroite, les quelques petits coups de culs (5%) entre « le Villars d’Abbas » et « Fours St-Laurent »(alt. 1665 m). Le temps est radieux et c’est le même topo pour la partie entre « Fours St-Laurent » et « Bayasse » avec une route qui s’élève au-dessus du Bachelard avec un élargissement de la vallée. Un cyclo me double comme une formule 1 car la pente n’est pas forte, je le retrouverais à 3 km du sommet en train de marcher à côté de son vélo !

Après Bayasse, on bifurque à droite dans une autre vallée plein Sud en franchissant un pont qui enjambe le Bachelard. Mine de rien, 20 km ont déjà été avalé et on attaque la dernière partie de l’ascension qui va être plus dure. En effet, on aborde une série de lacets sur une pente moyenne comprise entre 6,5 et 7%. Mais après 1 km de cet effort, la pente se radoucit de nouveau à 4% pendant 3 km. Le décor est sublime, la nature et la montagne sont vierges de toutes constructions avec à droite la « Crête de la Pierre Eclatée » et à gauche les têtes de « Peynier »(alt. 2607 m) et du « Grand Clot »(alt. 2658 m).

Après ce bout droit, un nouveau décor se dessine juste devant vous avec une forêt de sapins accrochée à la montagne et entrecoupée de 2 magnifiques ponts (notamment celui de la « Cascade » situé un peu plus haut). C’est fantastique et j’ai le sentiment profond d’obtenir une récompense (parmi tant d’autres) après ces milliers de km et d’effort entamés depuis plusieurs années…

J’enroule donc une nouvelle série de lacets (209 de dénivelé en 3 km soit du 7% de moyenne) tout en dépassant les 2000 m d’altitude. On débouche alors sur encore un nouveau décor, cette fois-ci plus minéral comme tous les cols de plus de 2000 m. Les rochers sont mêlés avec les alpages créant un mélange détonnant de couleurs gris/vert rehaussées par le bleu du ciel.
C’est dans ce paysage sublime que je dépasse le refuge la Cayolle et atteint le Col de la Cayolle à 2326 m d’altitude.

Je me sens bien malgré ces 30 kms d’ascension. Le temps est au beau fixe. Je me restaure puis tourne mon regard vers la vallée de la Thinée où doit se poursuivre mon périple. J’enfourche ma monture, je respire un bon coup car je sais que dès que j’aurais basculé de l’autre côté, j’aurais atteint le point de non-retour !

La descente (20 km) est difficile car les pourcentages sont impressionnants sur le versant Sud de ce col réputé plus dur que le versant Nord, ce que j’atteste sans problème non sans déjà le programmer pour le futur ! Je m’arrête 2 fois pour profiter du paysage sensationnel et surtout pour détendre mes doigts engourdis par la pression constante sur les freins.

Fin de la descente à St-Martin d’Entraunes (alt. 1035 m). Je décide de casse-croûter sur la jolie place de ce village au style ancien assez charmant.

Col des Champs
Mon repas avalé assez rapidement, je décide de reprendre sans trop tarder, il y a encore 2 cols à franchir… Il fait beau, un peu chaud… je m’inquiète un peu de la chaleur qui risque de rendre l’ascension un peu plus dure… Les muscles sont un peu raides mais ça va. J’entame tranquillement les premiers lacets du col des Champs.

Les 6 premiers kms serpentent en une série de 14 lacets la plupart du temps au milieu de la forêt entrecoupé de points de vue magnifiques sur la vallée de la Thinée mais la pente est assez soutenue (7% de moyenne), je sens que cela sape mes forces, la suite va être un véritable enfer !

Juste après la « Chapelle St-Jean »(alt. 1451 m), il y a un petit coup de cul à 10% suivi de 4 lacets pas trop durs (4,5%) puis on enchaîne sur un bout droit infernal d’1 km à 9/10%. Ouch, ça commence à faire mal aux jambes, je m’accroche à un cyclo en pointe de mire 500 m devant moi… Puis il y a un replat salvateur au passage de la station de Val Pelens (alt. 1608 m). 2 cyclos se prélassent sur la pelouse au bord de la route, je les imiterais bien mais le long temps passé dans la première partie de cette ascension (8,5 km, il en reste encore la moitié) m’oblige à poursuivre…

J’ai mal partout, je sens que je suis un peu cramé mais la pente est implacable : entre 7 et 8% sur les 5 kms suivants ! Je me raccroche sur la beauté du paysage mais le pire est à venir !

Au passage de la « Cabane de Voya », on aborde la partie la plus minéral du col et la route se dresse encore pour passer en fait par-dessus la Cime de Voya. Ce sera 1 km à 11% et 500 m à 8%, les 1500 m les plus longs que j’ai jamais connus ! Tout en souffrance, j’avance mètre par mètre, contemplant les quelques limaces qui me dépassent allègrement ! Je puise je ne sais où quelques parcelles d’énergie… puis miracle, la route s’incline en… légère descente pour franchir enfin ce col terrible des Champs à 2087 m.

Je suis épuisé, mes jambes sont raides comme des piquets et assez douloureuses… je prends quelques photos, fais le constat qu’il n’y a aucun champs (normal à plus de 2000 m…) et trouve le nom de ce col assez particulier. Sa situation géographique est aussi particulière, le point géodésique du col se trouvant en fait en contrebas au Nord de la route à 2045 m ! Le paysage est sublime dominé par la « Dent du Lièvre » au Sud et la « Tête des Muletiers » au Nord… qu’est-ce que je suis fatigué ! Je m’allonge et… pique un somme !

Col d’Allos
Hein, quoi, que ?! Je me réveille soudainement, je m’étais assoupis un petit 1/4 d’heure. Ouargh, je suis raide de chez raide, mes jambes sont dures comme du bois… mais il faut reprendre la route, je prends mon courage à 2 mains et enfourche ma monture…

J’entame la descente vers Colmars mais grosse surprise : c’est le jour et la nuit entre l’état de la route ! Autant celle du versant Est possède un revêtement nickel et est assez large, autant celle du versant Ouest est dans un état lamentable et très étroite ! De plus, sur les premiers kms de la descente, il y a de multiples canaux d’évacuation des eaux pluviales en forme de dos d’âne à l’envers qui coupent la route et qu’il faut passer au ralenti sous peine d’exploser sa fourche. La pente étant assez forte, je suis tout debout sur les freins, ce qui ne va pas arranger ma récupération.

Mais le décor est fantastique, à mi-descente, on traverse une partie forestière avec des fougères qui recouvrent en partie les bords de la route ajoutant un aspect très sauvage de ce versant du col des Champs, les lacets sont multiples, les pourcentages impressionnants… comme le versant Sud de la Cayolle, cela me donne envie de le faire une prochaine fois !

Je descends assez doucement, étant assez fatigué, je n’ai pas la force de prendre de la vitesse car les derniers virages sont constitués d’épingles assez brusques. J’arrive enfin à Colmars (alt. 1235 m), trouve un point d’eau au pied du château pour me désaltérer. Il fait assez chaud mais le soleil se voile un peu, quelques nuages noirs pointent en direction du Nord, juste vers le col d’Allés tiens donc ! Le temps allait se dégrader 1 heure plus tard…

Bon c’est pas tout mais le col d’Allos, c’est encore 23,6 km et environ 1000 de dénivelé à se mettre encore sous la dent ! Je prends un rythme tranquille, la pente n’est pas trop forte (7 kms à 2,5%) et sur une route assez large et rectiligne, j’atteinds « Allos » (alt. 1405 m). Après Allos, ça va pas trop mal : 9 km à 4%. Je stoppe quand même au pied de l’église du hameau de « la Foux » ‘alt. 1706) pour avaler quelques barres de céréales car je vais entamer la partie la plus difficile de l’ascension. Le temps se couvre encore plus… J’ai trouvé cette 1ère partie longue et déprimante et le paysage assez triste mais je mets cet avis sur le compte de la fatigue.

Je reprends mon ascension. Juste avant d’arriver à la station de la « Foux d’Allos », la pente se durcit un peu : 3 km à 6,5%. Arrivé à la station, 2 cyclos (hollandais il m’a semblé) arrivent derrière moi. Je me dis qu’ils vont « m’avaler » mais ils restent une dizaine de m en retrait… Le temps commence vraiment à s’assombrir, la lumière décline…

A la sortie de la station, je découvre la dernière partie du col : une fabuleuse série de lacets qui s’étalent sur 295 m de dénivelé et environ 4,5 km. La route est soutenue par de magnifiques arches en pierre. Mes cyclos hollandais sont toujours quelques mètres derrière moi. Je ne sais pas ce qu’il se passe mais je sens un regain d’énergie et je me mets à pousser un peu fort !Soudain, il commence à pleuvoir et l’orage gronde… panique !!!

J’ai déjà entamé le 1er km… je n’ai pas prévu de vêtement de pluie (j’ai pas mal regretté par la suite), passer ce col de plus de 2000 m sous l’orage est-il bien raisonnable ? Mais l’énergie qui est revenu, les jambes qui continuaient à tourner, m’ont entraîné dans une marche en avant implacable ! Je sers les dents, cale bien mon rythme, rentre les épaules et affronte les bourrasques de pluie.

Je me retourne, les cyclos hollandais ont disparu… je suis seul ! Pas tout à fait, des dizaines de voitures et camping-cars, chassés par l’orage, me croisent dans une sorte d’indifférence totale. Petit instant incroyable : 2 camping-cars qui avaient du mal à se croiser dans un lacet m’ont obligés à m’arrêter dans un passage à 8% !

A travers le déluge, j’aperçois les lacets en contrebas, le décor, l’orage, mon défi est total, je ne sens plus rien… Dans le final, la pluie se calme mais le col est un peu noyé dans une brume humide. Le col d’Allos est franchi pour la seconde fois en moins d’une semaine. Je ressens une grande fierté face aux évènements que je viens d’affronter.

J’enfile quand même un maillot manche longue que j’avais en réserve pour me protéger un peu du froid, avale une barre de céréale et me prépare à passer une douloureuse descente. En effet, j’étais conscient qu’une route gorgée d’eau avec des pentes à 8% et longeant en grande partie un ravin, n’allait pas du tout favorisée une descente tranquille !

La descente a été apocalyptique !!! Une heure interminable où :
– j’ai serré à mort les freins pendant 17 km,
– j’ai traversé des nuages, rendant la route difficilement visible
– j’ai chanté à tue tête pour vaincre la trouille de glisser et tomber
– je me suis arrêté 2 fois (dont une fois dans un cabanon bienfaiteur au bord de la route) pour réchauffer mes membres tétanisés par le froid
– j’ai essuyé 2/3 éclairs tombés pas trop loin.

Chose incroyable, j’apercevais de temps en temps Barcelonnette tout au fond de la vallée… éclairée par de doux rayons de soleil ! Madame La Montagne m’a joué un sale tour et m’a rappelé tout le respect qu’on lui devait ! Mais elle m’a permis de me surpasser, de trouver de l’énergie, du courage et aussi un peu de folie tout au fond de moi !

Fou, vous vous dites, et les portables, c’est fait pour les chiens ? Il aurait pu appeler sa femme pour qu’elle vienne le chercher ! A ma décharge et pour la petite histoire, j’avais bien emmené un portable… que j’ai « oublié » sur le banc de la petite place de St-Martin d’Entraunes où j’avais déjeuné ! J’ai voulu appelé ma femme pour lui indiquer ma position mais il n’y avait pas de réseau… concentré sur ma 2ème ascension, j’ai oublié de remettre le portable dans mon sac et c’est à Colmars que je me suis aperçu de sa disparition ! Heu… remonter et redescendre 2 fois ce terrible col des Champs pour récupérer le portable était impossible !!! De plus, il y avait juste une carte sur ce portable et le réseau ne passait pas du tout au sommet des cols, donc voilà pourquoi j’ai du réalisé ce périple jusqu’au bout !

Dans un état proche de l’engourdissement, j’arrive enfin à Barcelonnette, je ne vois même pas ma femme, inquiète de l’orage qui commençait à tomber, qui était partie à ma rencontre (par contre, elle m’a bien vu et a fait aussitôt demi-tour).

Ca y est, tout tremblant, ne sentant plus mes pieds à moitié gelés, je savoure enfin la fin de ce périple incroyable : 120 kms, les Cols de la Cayolle (2327 m), des Champs (2087 m) et d’Allos (2244 m), 3400 m de dénivelé et… 8h30 de selle !!!

Après réflexion, même si cette sortie a été riche en évènements, je ne suis pas prêt de recommencer. Je pense que la barre était un peu haute. Quand la douleur vient trop se mêler à l’ascension d’un col, cela enlève du plaisir. D’ailleurs, je n’ai pas pu apprécié complètement ce magnifique col des Champs, le col d’Allos aussi… Mais je l’ai fait, je connais désormais les sensations que l’on peut ressentir, cela m’a permis de cadrer mes objectifs futurs. Bon, cela ne m’a pas empêché d’imaginer un circuit « Ballon de Servance – Planche des Belles Filles – Ballon d’Alsace » prévu avec mon beau-frère pour juin 2011 !

Le lendemain, même pas fatigué ! Mais le séjour touche à sa fin et c’est avec plein de regrets mais avec plein de fantastiques souvenirs que je quitte cette belle région pour espérer y revenir un jour prochain…

Je dédie tous mes cols de cet été 2010 à ma femme, mes enfants, mes parents, mes beau-parents, ma soeur, mon frère, mes belle-soeurs, mes beaux-frères (mention à Seb qui j’espère m’accompagnera un jour dans quelques cols alpins), mes nièces et mes neveux.


Décor minéral en arrière-plan du col de la Cayolle.


La montagne n’est pas très élevée sur ses versants…


… et attire beaucoup de randonneurs qui se garrent sur un vaste parking juste au pied du col et qui gâche un peu la vue.


Le « Trou de l’Aigle » (alt. 2961 m).


Vers la vallée de la Thinée au Sud.


Stèle commémorative au col des Champs (c’est juste à son pied que j’ai piqué un petit somme !).


Les derniers mètres du versant Est.


On aperçoit la vallée de la Thinée en contrebas.


La « Tête des Muletiers » (alt. 2250 m).


Mes doigts engourdis par le froid et la pluie ont réussi
à prendre 2 clichés du col d’Allos
pour immortaliser l’ascension du versant Sud.


Ce panneau et moi étions quasiment seul à ce moment là… 

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