Alpes – Embrun / Col du Parpaillon

Au cours de la deuxième quinzaine d’août 2019, j’ai passé mes vacances à Embrun dans le département des Hautes-Alpes. J’y ai déjà séjourné en 2005 et j’avais eu l’occasion de grimper mes premiers grands cols comme ceux de Vars et d’Izoard. Au bord du Lac de Serre-Ponçon, j’avais gardé le souvenir d’une belle météo et d’ascensions mémorables.

J’avais préparé une quinzaine de parcours me permettant de chasser de nombreux cols mais une petite lassitude physique, une météo un peu aléatoire en deuxième semaine, la volonté de passer du temps en famille et une situation logistique un peu contraignante m’ont obligé à faire des choix et à limiter mon temps vélo à seulement 8 sorties. J’ai réalisé au total en vélo de route et VTT, 408 km, 10 500 m de D+ et franchi 6 cols différents. J’ai quelques petits regrets mais j’ai tout de même pu accomplir mes grands objectifs et ils ont été magnifiques : Col du Parpaillon, Col Agnel et Col d’Izoard. Les autres ascensions étaient mineures mais très plaisantes et en accord avec mon désir de découvrir des coins inédits. Je vais vous faire partager toutes mes ascensions dans les pages suivantes :


Col du Parpaillon

L’entrée du Tunnel du Parpaillon du versant Ouest (Embrun).

S’il est un col de légende c’est bien le Parpaillon ! Situé à la limite des Alpes-de-Haute-Provence et des Hautes-Alpes, il culmine à 2637 m sur une crête séparant la vallée de la Durance et celle de l’Ubaye. Ce col a été ouvert (1911) par les troupes du Génie Militaire comme beaucoup d’autres passages jalonnant la Grande Traversée des Alpes entre Thonon et Nice. Source texte : René Poty.

La « chance » du Parpaillon, c’est de s’être trouvé en concurrence avec le Col de Vars qui permettait de relier les mêmes vallées mais à une altitude inférieure de 500 m, lorsque le goudron a fait son apparition, c’est tout naturellement le col de Vars qui en a été gratifié ! Le col du Parpaillon est donc un des derniers témoins de ce que pouvait être un grand col alpin avant l’ère de l’automobile et du goudron. Aujourd’hui encore, le Parpaillon attire tous ceux qui désirent retrouver une montagne intacte, pure, sauvage pour s’y glisser comme un invité (bien que vous risquer de partager votre chemin avec des 4×4, motos ou quad !). Source texte : René Poty.

Les puristes pourront franchir le « vrai » col en s’engageant sur un sentier S3-4 qui passe la crête au dessus du tunnel à l’altitude de 2780 m environ. La vue y est magnifique (Source texte : René Poty).

VERSANT OUEST

Long, très long avec près de 29 km, dur avec ses 1840 m de D+ à 7% de moyenne et surtout il ne descend pas en-dessous des 8% de moyenne dans les 10 derniers kilomètres !!! Cette ascension hors norme débute à Embrun par… une descente ! 1,9 km jusqu’au Pont enjambant la Durance. Sur la Départementale 39 (asphaltée), la route va remonter la Vallée du Crevoux sur une pente très irrégulière alternant des passages à 7% et des replats. Vous atteindrez Crévoux (alt. 1547 m) puis la Chalp où toute activité humaine cessera. Encore du goudron jusqu’au Pont du Réal peu après la Cabane des Espagnols (alt. 1859 m) puis c’est une piste R1 qui prend le relais. Elle se dirige alors plein Sud tout en remontant les flancs du Grand Parpaillon (2990 m) au milieu d’un splendide décor minéral, jusqu’à s’y engouffrer via le Tunnel à 2637 m d’altitude.

Le versant Ouest : une ascension hors norme !
J’ai réalisé cette ascension le samedi 17 août 2019 depuis Embrun. Elle a été hors norme avec 58,6 km en aller-retour et… 2000 m de D+ ! Vous pourrez lire ci-dessous mon récit détaillé en photos et espère vous faire partager pleinement mon retour d’expérience.

Départ 13h40, j’annonce à mes proches que je serais rentré aux alentours des 18h, je mettrais 2 bonnes heures de plus ! Je pars du Camping Les Grillons qui se trouve sur la D340 dite « Route de la Madeleine ». Je ferais cette sortie avec mon VTT Serious 26 Eight Ball Semi-rigide XC (2016).

VTT Serious 26 Eight Ball Semi-rigide XC (2016).

Autant vous dire que je n’ai pas un équipement top niveau, ce VTT pèse des tonnes, est seulement équipé de freins v brake (alors qu’en 2019, pour le même prix, ce sont des freins à disques !) mais je dispose du développement nécessaire pour ce type de montée et la marque allemande me garantit une assurance au niveau de la solidité (traduire incassable). Ce sera un gros désavantage pour la partie route, par contre pour la partie piste, ce sera indispensable !

Un faux-plat descendant puis la petite bosse de la Madeleine me guide au pied d’Embrun juste au niveau du pont qui enjambe la Durance. Ici démarre véritablement l’ascension. C’est parti pour 26 km de montée à 7% de moyenne… je ne réfléchi pas trop mais ce qui m’attend est monstrueux, c’est l’ascension sèche la plus difficile de ma petite carrière cycliste que je vais attaquer ! Si je veux comparer un peu cette ascension hors norme, il faudrait que je me rapproche avec celle du Ventoux et ses 22,7 km à 7% de moyenne sauf qu’elle est asphaltée jusqu’au sommet.

Dans tous les cas, je suis super motivé et cette ascension me fait rêver depuis longtemps… c’est avec un énorme plaisir que je me dis : « ça y est, j’y suis vraiment, c’est incroyable, quelle chance de pouvoir grimper ce col de légende ! » Mais j’allais en baver pour le mériter…

J’ai réalisé un bon reportage photo, n’hésitez pas à les regarder en mode diaporama en haute définition !

Quelques sommets des contreforts du Massif des Écrins au-dessus d’Embrun vus depuis la Route de la Madeleine.
La première partie de l’ascension va se dérouler sur les pentes du Mont Orel (vue depuis la Route de la Madeleine).

Depuis le Pont sur la Durance, je vais d’abord suivre la D994d en direction de St-André-d’Embrun. Je suis sur l’itinéraire partagé appelé « Les balcons de la Durance ». Il a été d’ailleurs emprunté en partie par les participants de l’Embrunman quelques jours plus tôt. Je la connais pour l’avoir parcouru déjà 2 fois (en montée et en descente) lors de mes précédentes sorties. Ça monte doucement dans un premier temps avec 440 m à 3,5% puis la pente commence à se faire déjà bien sentir avec 515 m à 6,5%, voilà de quoi s’échauffer jusqu’au pont qui enjambe le Torrent de Crévoux.

Je vais d’abord suivre en partie l’itinéraire partagé « Les balcons de la Durance ».
Le pont qui enjambe le Torrent de Crévoux.

Juste après le pont, la voie part sur la gauche et semble proposer un petit raidard… l’illusion est fausse, il s’agit d’une simple rampe de 375 m à 6% qui me guidera vers une route en balcon. Cette dernière est très plaisante car je vais pouvoir remettre quelques dents sur un faux plat montant de 575 m à 4% et profiter en même temps de belles vues sur la Vallée de la Durance.

Une belle vue depuis les Balcons de la Durance.

Un petit coup de cul – 195 m à 6,5% – suivi d’un nouveau faux plat montant – 540 m à 4% – me mènera jusqu’au croisement avec la D39. Je quitte les Balcons de la Durance et grimpe désormais vers Crévoux. Un panneau indique que j’attaque la Montée du Parpaillon (15,7 km à 5,9%). Attention, il ne correspond pas à l’ascension totale jusqu’au Tunnel du Col du Parpaillon mais à la partie asphaltée jusqu’à la Cabane des Espagnols. Pour les « moins » courageux, c’est déjà une belle montée en soi, comme j’allais le découvrir, mais elle permet de la faire avec uniquement un vélo de route.

Croisement de la D994d avec la D39 qui vous mènera à Crévoux.
Vous grimperez d’abord la Montée du Parpaillon jusqu’à la Cabane des Espagnols.

Un panneau vous indiquera si le Tunnel du Parpaillon est ouvert. Sachez que sa période d’ouverture est assez courte dans l’année : seulement un peu moins de 4 mois. D’abord, il n’ouvre que début juillet ! Sa fermeture a lieu courant octobre dès les premières chutes de neige. Pour tout savoir, vous pouvez consulter le site Inforoute05.

La montée vers Crévoux se déroule en 3 parties sur une route généralement assez large et très bon état :

1. La route grimpe d’abord sur les pentes du Mont Orel. La déclivité est cette fois-ci bien soutenu avec 2075 m à 7/7,5% jusqu’à un croisement avec la route qui mène aux Rencuraux. J’ai pu me distraire avec de beaux points de vue sur le Lac de Serre-Ponçon.

On peut apercevoir le Col de la Coche (pour tous les détails : https://www.bosses21.com/ma-collection/2019-2/alpes-embrun-col-de-la-coche/)
Un petit panneau indique que vous allez bien au Col du Parpaillon mais il reste encore du chemin !
Superbe panorama sur les sommets (Massif des Écrins) qui surplombent la Vallée de la Durance côté Embrun.
La première partie se termine à cet endroit.
Faites une petite pause pour profiter du panorama !

2. La pente se fait plus douce avec 580 m à 4% jusqu’à la Gardiole. Je vais pouvoir souffler et profiter d’un beau replat avec 1215 m à 0,5% jusqu’au hameau du Villard. Ce passage me mènera à l’entrée de la Vallée de Crévoux.

On distingue déjà le théâtre de la montée finale…
On voit très bien le Lac de Serre-Ponçon au début de cette montée !
Replat jusqu’au hameau du Villard. Vous allez pénétrer dans la Vallée de Crévoux.

Après le Villard, la pente reprend progressivement en passant de 2,5% à 4,5% durant 1045 m mais avec un passage qui annonce clairement un changement de décor. La route se retrouve coincée le long d’une paroi rocheuse et le Torrent de Crévoux charrie de nombreuses pierres.

Changement de décor.
Fin de la seconde partie en traversant ce pont qui enjambe le Torrent de Crévoux.

3. Le replat laisse la place à une nouvelle rupture de pente et là j’attaque vraiment les choses sérieuses : la route repasse momentanément à l’opposé de la Vallée de Crévoux avec 650 m à 7,5% suivi de 640 m à 6,5%. Je retraverse le Torrent de Crévoux et un long, long passage – seulement entrecoupé de 2 courts lacets – de 3,230 km me fera bien transpirer avec ses 8% de moyenne. Cette difficulté prend fin à Praveyral, un sympathique hameau de montagne comme celui de la Chalp que je rejoindrais un peu plus haut. Pour info : il y une fontaine à la sortie du hameau à gauche juste avant le petit pont pour ceux souhaitant refaire un peu les niveaux des bidons (2 autres fontaines seront disponibles à la Chalp). Un magnifique décor de haute montagne se met en place – je suis à 1482 m d’altitude – et c’est magnifique ! La suite me permettra de souffler un peu car la déclivité se fera moins insistante avec 6% durant 1115 m jusqu’au croisement avec la route de Crévoux qui marquera la fin de cette troisième partie.

Un long passage au pourcentage régulier mais implacable avec ses 8%.
La route est nickel et très bien entretenue, étonnant pour une destination un peu coupée du monde.
Praveyral.
Praveyral est blotti contre les flancs impressionnants du Mont Taillant (2938 m).
La route va gravir ce « petit » ressaut situé entre Crévoux et la Chalp.
Croisement avec la route de Crévoux, il faudra prendre tout droit.

À partir de ce croisement – 1547 m d’altitude -, il y a une route qui part à droite vers Crévoux que je ne verrais pas car elle est blottie dans un repli de la montagne. Crévoux, que je découvrirais à mon retour, est composée de quatre hameaux : le hameau de Champ Rond, le hameau de Praveyral, le hameau du Chef-lieu et le hameau de La Chalp. C’est l’une des plus anciennes stations de ski nordique (1937) et elle a su garder un charme authentique. Il est indiqué que le village se trouve à 1 km, ce qui faux, l’entrée du village est à 400 m seulement. Les 1 km correspondent à la distance jusqu’au sommet du village. Si l’envie vous prend, comptez donc sur 1 km à 6,5%. Cependant, vous pouvez découvrir ce village, si vous revenez sur vos pas après avoir grimpé au Col du Parpaillon, en empruntant un chemin que je détaille plus bas. Pas besoin non plus d’y faire ce détour si vous cherchez de l’eau, 2 fontaines vous attendent à la Chalp.

Il faut donc prendre tout droit et grimper un « petit » ressaut. Je quitte la D139a et emprunte désormais la D39l. Là encore, l’asphalte est nickel et ce, jusqu’à la Cabane des Espagnols. Une petite surprise m’attend : dans le petit lacet de 450 m à 8% que je gravis dans un premier temps, un méchant raidillon d’environ 150 m à près de 10% fera grimper la température. Ça se calme un peu derrière avec un nouveau lacet qui tourne autour d’un cimetière placé là au milieu du ressaut mais ça reste soutenu avec 755 m à 7,5% jusqu’à la Chalp.

Dans l’un des lacets du ressaut, on distingue vers l’Ouest dans le prolongement de la Vallée de Crevoux, un des sommets qui surplombent le Lac de Serre-Ponçon.
Le ressaut vous guide vers la Chalp.
D’autres sommets se découvrent à l’Ouest du côté du Lac de Serre-Ponçon.
Magnifique décor avec le Pelve (2455 m).
Fin du ressaut à la Chalp où vous attend un replat bienvenu.

À l’entrée de la Chalp, une première fontaine m’attend. Une seconde se trouve un peu plus haut à côté de la chapelle. Je n’hésite pas à parfaire vos niveaux car il n’y aura pratiquement pas de possibilité de trouver de l’eau jusqu’au col comme je le remarquerais par la suite. L’ultime joker sera une fontaine située à la Cabane des Espagnols mais elle n’est pas forcément garantie car son alimentation est naturelle.

En traversant le hameau, la pente sera toujours là mais beaucoup plus douce avec 615 m à 4,5%. À sa sortie, le décor est fabuleux : des sommets au décor minéral m’entourent et une sorte de plateau me permet de profiter de la vue et surtout d’un très beau replat qui sera même une légère descente de 845 m qui me guidera jusqu’au Pont du Plan. Si vous réalisez un jour cette ascension, PRO-FI-TEZ-EN, c’est le dernier replat jusqu’au sommet !

Une première fontaine se trouve à l’entrée de la Chalp.
Quel décor à la sortie de la Chalp !
En se retournant au bas de la descente. En été, beaucoup de randonneurs viennent se garer là.

À partir du Pont du Plan (1664 m), la D39l devient la D39t et ce, jusqu’au Col du Parpaillon. Sachez que le versant Ouest (Embrun) est géré par le département des Hautes-Alpes et le versant Est est géré par la commune de la Condamine-Châtelard. L’asphalte est toujours impeccable mais cette fois-ci, la voie devient étroite. Pas de problème pour les vélos ou les motos mais il faudra partager la route avec quelques voitures, surtout des 4×4…

Par contre, à partir de ce point, retenez un seul chiffre : 8%… c’est le pourcentage moyen sous lequel vous ne redescendrez plus jusqu’au sommet ! Attachez les ceintures, cela commence par la dernière partie asphaltée jusqu’à la Cabane des Espagnols et c’est dur : 2,285 km à 8,5%. À cette occasion, je pénétre dans la Forêt du Méale composée essentiellement de mélèzes et les 5 lacets jusqu’à la Cabane des Espagnols, se feront à l’ombre qui sera bienfaisante avec cet après-midi bien ensoleillé.

La rupture de pente est sévère : 8,5% durant 2,285 km jusqu’à la Cabane des Espagnols.
Dans le troisième lacet, une piste permet de rejoindre Crévoux (j’en parle un peu plus bas).
Vous pénétrez dans une forêt de mélèzes.
On peut encore profiter de beaux points de vue comme sur la cascade du Torrent du Crachet (plein centre).
Arrivée à la Cabane des Espagnols (1859 m), fin de la partie asphaltée.

J’atteins enfin la Cabane des Espagnols – 1859 m. Cet endroit est particulier en raison des points suivants : c’est la fin de la partie asphaltée et le début du final qui se déroulera sur une piste. Il y a bien une cabane qui peut servir d’abri en cas de mauvais temps et qui est aussi le témoin d’une petite page de notre histoire. Un panneau rappelle qu’en 1939, à l’aube de la seconde guerre mondiale, on a réquisitionné des réfugiés politiques espagnols pour travailler sur des grands travaux des ouvrages de défense comme la route du Tunnel du Parpaillon. Au Pont du Réal, un abri avait aménagée pour les pauses journalières, c’est la Cabane des Espagnols qui a été reconstruite en leur mémoire.

Le panneau d’information.

La partie asphaltée prend fin exactement au Pont du Réal. Faisons un point. Sur les 28,8 km d’ascension depuis Embrun, j’ai déjà fait 20 km avec 1062 m de D+ à 6% de moyenne (17,3 km de montée). La Montée du Parpaillon, indiquée depuis les Balcons de la Durance, est déjà une belle ascension en soi ! Pour ceux qui ne sont équipé que d’un vélo de route, il ne leur reste plus qu’à faire demi-tour !

Juste après le Pont du Réal débute la piste. Jusqu’au Tunnel du Col du Parpaillon, comptez sur 8,8 km avec 778 m de D+ à… 9% de moyenne !!! Du lourd, très lourd… Ne croyez donc pas la petit panneau en bois qui indique 8 km… auquel il manque 800 m et en haute montagne à plus de 2500 m d’altitude, c’est énorme !

Sur la droite du pont se trouve une fontaine, c’est l’ultime approvisionnement en eau que vous pourrez avoir, mais comme c’est une source naturelle, le débit n’est pas garanti. Espérez de ne pas avoir oublié un remplissage plus sûr à la Chalp.

Ne croyez pas du tout à la distance indiquée sur ce panneau, il manque 800 m !
Le Pont du Réal, terminus de la partie asphaltée et début de la piste.

Dès que j’ai franchi le Pont du Réal, sans transition la piste débute immédiatement et je vais m’apercevoir que ça… ne vas pas être coton du tout ! La piste est dans un état É-POU-VAN-TABLE ! Ce n’est pas une piste de type « chemin blanc ». Elle est jonchée de cailloux de toutes sortes, des petits, des moyens et des gros ! Il me faudra choisir ma trajectoire pour chaque mètre ! Autant vous dire qu’en plus de la pente moyenne tournant à 9% et l’altitude de cette partie située au-dessus des « 2000 », le combat sera dur et intense en effort et énergie déployés !

Adieu l’idée de le faire éventuellement en gravel ou avec un vélo de route (même avec des pneus améliorés), ce sera trop difficile et ne pensez même pas à faire la descente, casse assurée ! Cela était peut-être encore vrai il y a quelques années mais ce n’est absolument plus le cas. Les vidéos postées récemment sur la toile montrent aussi que l’autre versant est aussi dans un sale état.

Avant de continuer le descriptif de cette ascension, je voudrais vous donner ma réflexion sur l’état de la piste. Pourquoi est-elle dans cet état ? Petit rappel : le Col du Parpaillon a été ouvert en 1911 par les troupes du Génie Militaire avec donc la construction d’un tunnel. Elle devait devenir une route par la suite mais le Col de Vars lui a été vite préféré. Son entretien a été donc minimale pendant des dizaines d’années, elle devait juste servir de liaison stratégique pour l’armée. Puis le Col du Parpaillon s’est fait totalement oublié et était seulement connu des locaux et de quelques cyclos aventuriers devenant presqu’ainsi une légende.

À partir des années 90, quelques types ont eu une idée : ce serait sympa de faire ce col en voiture ! Malheureusement, elle était bien mauvaise cette idée… Et oui, on a commencé avec des 2CV ou des 4L mais les pauvres voitures morflaient sur cette piste située à plus de 2500 m d’altitude. Donc, on a continué de s’y aventurer avec des 4×4 et là, je pense que ça été le début du massacre. Si vous croisez un 4×4, regardez bien la taille des pneus, ils sont énormes… et imaginez-les ensuite sur la piste… du labourage en bonne et due forme !!!

Oh, au début, il n’était qu’une vingtaine par an à tenter l’aventure puis à partir des années 2000, la fréquentation s’est accentuée et maintenant ce sont des convois entiers qui franchissent le Col du Parpaillon chaque été.

La faute est due à une offre touristique a été développée autour de la possibilité de franchir le Col du Parpaillon. Surtout sur le fait de proposer une variante plus aventureuse d’une partie de la Route des Grandes Alpes au lieu de passer entre les Cols de Vars et les Cols de la Cayolle (ou le Col de la Bonette-Restefond). Beaucoup de personnes s’y sont engouffrées : restauration, hébergement, rayonnement touristique de la région, les pompes à essence, etc… Et il faut y ajouter désormais des centaines de motos qui se sont jointes à la fête. Hélas, cette fête est en train de rendre la piste du Parpaillon dans un état de plus en plus délabrée.

Au cours de ma montée qui a duré environ 2h30 + 1/2 heure pour la descente, j’ai croisé quatre 4×4, 2 motos, 4 trottinettes fat bike (que l’on a bien sûr acheminées en 4×4 + remorque) et … un VTT ! Et je compte pas l’éleveur qui a acheminé avec son 4×4, une énorme laitière pour la traite des vaches qui étaient situées dans un alpage au niveau de la Cabane de Font les-Filles.

Heureusement, je n’ai pas constaté de problème de déchets, toutes les personnes qui empruntent la piste du Col du Parpaillon semblent respecter la nature. J’ai quand même vu une belle fuite d’huile sur plusieurs centaines de mètre… il y a de gros cailloux qui peuvent percer facilement un carburateur !

L’entretien de la route est minimal. C’est le Département des Hautes Alpes qui en a la charge pour le versant Embrun. Il a, je pense, assez à faire avec la partie asphaltée jusqu’à Crévoux, qui est nickel. C’est la commune de la Condamine-Châtelard qui a la charge de l’autre versant. Autant vous dire que les impôts des 158 habitants (2016) ne servent quasiment pas à l’entretien de la piste !

Je vous invite à visionner cette vidéo prise par un motard lors de son passage depuis la Condamine-Châtelard en septembre 2019. Outre son aventure désastreuse, vous pouvez avoir un véritable aperçu de l’état de la piste et surtout les dégâts que les véhicules motorisés font surtout par temps pluvieux (là c’est un orage et c’est une catastrophe).

Et aussi celle-ci… à la 7ème minute, visez le convoi entier de 4×4… c’était en 2011…

Les réseaux sociaux, youtube font aussi beaucoup de mal au Col du Parpaillon. Il y a 10 ans, quand j’ai commencé à m’y intéresser, je comptais les infos sur les doigts d’une seule main. Désormais, vous avez des dizaines et des dizaines de résultats qui lui donnent beaucoup (trop) de notoriété. Il y a même Tripadvisor (en 4ème position sur google) qui donne tous les conseils pour le franchir.

Et qui du tunnel ? Et oui, il n’y a pas que la piste à entretenir… le tunnel, long de 520 m est creusé à même la roche et a résisté à déjà plus d’un siècle d’utilisation (une seule voie de 5,40 m de large, vaut mieux ne pas se croiser au milieu !). Les ouvrages des deux extrémités et ses énormes portes en fer sont aussi en bon état, ce qui est étonnant à cette altitude et après bien des assauts de bien de longues saisons hivernales !

Dernier point qui révèle que le Col du Parpaillon est désormais trop surexposé. Cette fois-ci, c’est l’Europe qui y darde son œil, plus précisément sur le tunnel. Et là, c’est plus grave car il est menacé d’une… fermeture ! Batailles entre élus, je vous laisse découvrir les éléments sur cette page et celle-ci. Je vous laisse faire votre opinion.

La piste va évoluer dans un premier temps au sein d’une forêt de mélèzes. D’une longueur de 2,7 km sur une pente à 8,5% de moyenne, cette partie qui se termine au niveau de la Cabane du Gouron, propose seulement 4 petites épingles situées au début et à la fin. Au milieu un long passage rectiligne m’oblige à fournir déjà une belle énergie. La piste n’est pas assez large lorsque je croise deux 4X4 puis un autre qui est un éleveur qui tracte une énorme citerne à lait, arrêt obligatoire pour laisser passer les véhicules qui me balancent une belle cargaison de poussière.

Début de la piste. On ne le voit pas très bien sur la photo mais elle est dans un état très mauvais état.
Le tout premier lacet de la partie piste.
Dans la partie en forêt, quelques trouées laissent apercevoir un décor lunaire…
Il faut partager la piste avec des 4×4, arrêt obligatoire sur le côté !
La piste dans la partie supérieure en forêt. Les conifères se font plus rares.
Une des rares épingles avant la Cabane du Gouron.
La Cabane du Gouron, la forêt laisse la place aux alpages.

J’ai franchi entretemps la barre symbolique des 2000 m d’altitude. Entre la Cabane du Gouron et la Croix de Razis, le paysage se dévoile complètement. C’est aussi le passage le plus pentu de l’ascension avec 475 m à 10% répartis sur 2 lacets très difficiles.

Le passage au niveau de la Croix de Razis (on la distingue au centre de la photo).
Après la Croix du Razis, le paysage se dévoile complètement… grandiose !
Un panorama magnifique !

Puis la piste va se déporter vers la droite pour suivre le Vallon des Eyguettes. La pente est implacable avec 9,5% sur près de 1400 m. Cette partie n’est pas facile à gérer : un long passage rectiligne et je cherche désespérément où se trouve le tunnel mais il restera longtemps invisible… je suis quasi seul au monde, les parois minérales des sommets alentours m’impressionnent !

Dans un virage au niveau du pied de la Montagne Pellat. Sur la gauche, traite des vaches, l’éleveur est monté en 4×4 avec une énorme citerne.
Sur la piste au-dessus de la Cabane de Font les Filles.
La piste va suivre le Vallon des Eyguettes.
Décor 100% nature dans le Vallon des Eyguettes au milieu des alpages à plus de 2000 m .
J’en ai entendu beaucoup au cours de la montée et je vois enfin une marmotte !
Après la Cabane des Ecuelles. Le décor en face est connu sous le nom des Montagnettes.

Après avoir dépassé la Cabane des Ecuelles, la piste – 2245 m – croise un sentier qui mène au Col de Girabeau. C’est aussi le point de départ du final et quel final : 2,2 km à 8,5% de moyenne. 5 lacets vont m’aider à grimper près 192 m de dénivelé positif. Je les verrais clairement s’accrocher sur les pentes de la Montagne de Razis qui constitue l’un des contreforts du Grand Parpaillon. Toujours pas de tunnel en vue…

Une croix indique l’entrée d’un sentier qui mène au Col de Girabeau.

Les plus acharnés pourront éventuellement aller chasser en aller-retour le Col de Girabeau (alt. 2488 m) mais ce sera petit raidar (poussage obligatoire) d’environ 500 m.

La croix annonce aussi le début du final vers le Col du Parpaillon. L’entrée du tunnel reste cachée.
Un petit coup d’œil dans le rétro. On aperçoit le toit de la Cabane des Ecuelles.

Le décor devient grandiose : les estives d’un vert clair et parois d’une blancheur minérale se confrontent entre les sommets du Grand (2990 m) et du Petit (2881 m) Parpaillon. Les sommets se dévoilent jusqu’au Massif des Écrins où l’on distingue nettement le Mont Pelvoux. J’ai l’impression de grimper sur le toit du monde !

La piste grimpe les flancs de la Montagne de Razis.
Nouveau coup d’œil dans le rétro.
On distingue très bien le sentier qui mène au Col de Girabeau.
Pente à 8,5% à 2500 m d’altitude sur une piste en mauvais état… dur !
À l’œil nu, difficile de distinguer l’entrée du tunnel…
Un décor grandiose !
Les sommets se dévoilent… jusqu’au Massif des Écrins !
Le tunnel si proche… si loin…
Pour les téméraires, depuis le Col de Girabeau, on peut basculer vers les Orres.

Au cour de la montée de ces 5 lacets, le tunnel reste toujours caché à ma vue, c’est très déconcertant ! Une ultime rampe de 800 m m’y mènera mais l’effort sur une pente à 9,5% de moyenne lié à l’altitude – je suis à plus de 2500 m – me videra de mes dernières forces !

La rampe finale… terrible avec ses 9,5% !
L’entrée du tunnel, masquée par un talus, n’est visible que que dans les 100 derniers mètres !

Puis après avoir contourné un talus, le tunnel se dévoilera seulement à une centaine de mètres ! C’est la délivrance et aussi la satisfaction d’avoir réussi une des ascensions les plus dures des Alpes. À 2637 m d’altitude, j’ai atteint pratiquement celle du Col du Galibier (2645 m) mais sur une piste ! Sachant qu’elle est dans un état épouvantable, je peux pleinement apprécié mon exploit.

Enfin le Graal ! À 2637 m d’altitude…

Je me trouve désormais face à l’entrée du fameux tunnel. Je ressens l’incroyable énergie mystique que dégage cet ouvrage construit il y a plus d’un siècle et désormais livré à la solitude de la montagne au milieu de nulle part…

Le tunnel – long de 500 m – n’offre que ténèbres ! Certains cyclistes l’ont franchi sans lumière, brrrrr ! Je peux vous conseiller ces petites mesures qui rendront la traversée plus confortable : une lumière bien sûr mais aussi des sacs plastiques pour protéger vos pieds des nombreux trous d’eau qui tapissent le tunnel ! Sachez aussi qu’il y fait très froid.

L’imposante entrée du fameux tunnel.
Le percement du tunnel a été initié il y a plus d’un siècle !
8 années de travaux ont été nécessaires pour réaliser la « route » et le tunnel !
Un nom mythique…
Un gouffre noir long de 500 m !
L’imposante porte en fer est…
… deux battants.

Pour ma part, je n’ai pas pu réaliser la traversée du tunnel (j’avais pourtant prévu tout l’équipement) faute de temps. En effet, étant parti en début d’après-midi (13h40), j’ai mis près de 5h dont 2h25 pour la partie piste. À cause de la difficulté liée à l’état de la piste et à l’altitude, j’ai effectué quelques passages à pied. Avec les pauses, il était donc 19h.

Sachez que fin août, la nuit tombe à 20h en fond de vallée. Je ne souhaitais pas descendre la piste dans la pénombre ! Je l’appréhendais aussi beaucoup vu son état… j’ai été très prudent (une mauvaise chute, aucun réseau mobile pour les secours, quasiment personne à cette heure, imaginez le scénario…) mais ça s’est très bien passé. J’en ai profité pour passer par Crévoux grâce à une piste entre la Cabane des Espagnols et Pont du Plan (dans le troisième lacet, voir la photo plus haut, c’est très bien indiqué) qui permet de s’y rendre directement.

Il m’a fallu 50 minutes pour le retour jusqu’à mon lieu de départ. Conclusion, si vous n’êtes pas un fort grimpeur, prévoir plus d’une demi-journée pour l’ascension, la traversée du tunnel et éventuellement la chasse en aller-retour du Col de Girabeau.

Dans tous les cas, malgré cette ascension qui a été très difficile, j’espère y retourner un jour mais cette fois-ci par le versant depuis la Condamine-Châtelard avec la traversée du tunnel et pourquoi pas une chasse du Col de Girabeau !

La panorama depuis le Tunnel du Parpaillon.
Dernier regard sur le Col du Parpaillon…
J’amorce la descente dans une belle lumière rouge-orangée.
Ombre et lumière…
Les détails sont magnifiques !
Wouaaahhh, un instant rien qu’à moi !
C’est sublime !
Il y en a un qui va profiter d’un beau spectacle mais c’est dommage d’avoir tenté l’aventure en 4×4…
La Croix de Razis.
Je suis la piste qui passe au-dessus de la Chalp.
La piste rejoint Crévoux.
Crévoux.
Soleil couchant sur le Lac de Serre-Ponçon.

Je suis enfin retourné à mon campement juste avant que la nuit tombe. Quel après-midi ! Un col de légende dans la besace / 58,6 km / 2005 m de dénivelé positif / 5h50 de selle. Demain, c’est repos ! De belles ascensions m’attendent mais je ne savais pas encore que ma seconde semaine de vacances allait être un peu contrariée par la météo et un peu de fatigue…

Docu n°1 : Pour tout savoir sur la construction du tunnel, n’hésitez pas à consulter un très beau reportage de Michel Masse ici

Docu n°2 : Un col et… un film mythique que j’ai eu la chance de voir avant qu’il disparaisse de la toile, en voici un court extrait

2 réflexions sur « Alpes – Embrun / Col du Parpaillon »

  1. Salut Joris !!! 🙂

    Quel plaisir la lecture de cette aventure !! 🙂 Sublissime !!

    Je me suis régalé !!!

    Bien courageux de partir en début d’après midi, c’était volontaire de ne pas partir le matin ?

    Les vues sur le lac de Serre-Ponçon sont superbes et cette route qui grimpe, grimpe, toute seule en direction des sommets le top !

    Ce sont des ascensions qui laissent des souvenirs et c’est des efforts complètement différents avec le reste qu’on fait sur route, ni plus dur ni moins dur (en tout cas c’est le sentiment que j’ai).

    Je suis bien d’accord avec toi concernant l’afflux de plus en plus important de 4×4 qui massacrent la piste… Ici dans les Pyrénées, le plus triste que j’ai pu voir c’est le col du Portet qui a été goudronné pour le Tour de France… Même si ce n’est pas un goudron de qualité, il y a beaucoup plus de voitures maintenant là haut…
    De même la Hourquette d’Ancizan qui était déjà goudronnée mais préservée qui se retrouve avec beaucoup plus de trafic depuis que le Tour de France s’y aventure… Les coins sauvages se perdent 🙁 C’est pour ça que les péages pour les voitures sur les routes de montagne ne me choquent pas et je pense qu’ils devraient être multipliés.

    1. Salut Idris 😀
      Merci d’avoir apprécié ce récit, j’ai pensé à toi en l’écrivant et j’étais sûr que t’allais aimer 😉
      Oui, c’était volontaire de partir en début d’après-midi… c’est que je ne pensais pas que ça allait me prendre tout ce temps sur la piste qui était dans un état désastreux et que je croyais en meilleur état. Il m’a manqué une petite heure pour faire au moins la traversée du tunnel. 🙁
      Bonne idée pour le péage ! Pour le Parpaillon, ce serait l’idéal pour pouvoir engager des travaux pour un meilleur état de la piste que les 4×4 et motos sont en en train de détruire totalement ! Ce serait un juste retour des choses ! Et le problème se pose aussi sur plusieurs pistes de montagne où des dizaines de 4×4 avec remorques grimpent tout l’été des gens qui font du VTT de descente et qui veulent aller ailleurs que sur les circuits avec remontées mécaniques. Par exemple, j’en ai vu plein lorsque j’avais grimpé le Col St-Georges dans l’Oisans en 2013. La piste était de bonne qualité mais il ne faudra pas s’étonner qu’elle soit moins bonne dans quelques années ! D’ailleurs, pour le Parpaillon, j’ai croisé des gugusses en trottinettes VTT que bien sûr, un 4×4 + remorque avait montés au sommet !

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