Alpes / Savoie – sortie n°4

Col d’Albanne – Lac de Pramol
Col d’Albanne – 1652 m.

Vendredi 4 août / Distance 38 km / D+ 1185 m / 3h29

Aujourd’hui, j’ai prévu une journée en famille au Col du Mont Cenis et une incursion en Italie jusqu’à Susa. Pour cela, on doit se rendre en voiture jusqu’à Lanslebourg-Mont-Cenis. On prépare les affaires, le vélo est chargé… mais ma fille, d’un coup, n’est pas très bien, devient toute nauséeuse et n’a plus la force de faire quoi que ce soit… la sortie est annulée !

Changement de programme ! Il est déjà 9h30, il est trop tard pour se lancer dans une grosse sortie…  je sors ma carte « Col d’Albanne + Lac de Pramol », mais il fait déjà chaud et remonter la Vallée de la Maurienne ne m’emballe pas vraiment (le retour non plus d’ailleurs !). Ma femme souhaite faire des courses à St-Jean-de-Maurienne, j’achète ! Double-bonus, elle me propose de venir me rechercher à la fin de ma sortie, super !

Il est vrai que cette Vallée de la Maurienne a beau être le plus grand domaine cyclable du monde mises souvent en avant dans les brochures touristiques locales et le site internet de Maurienne Savoie, elle ne propose quasiment rien dans son fond de vallée pour établir des liaisons en toute sécurité entre les différents pieds des ascensions. Aucune piste cyclable ! Il faut souvent se farcir la D1006, une grosse départemental heureusement en partie déchargée par l’Autoroute A43 qui se trouve en parallèle. Il y a quelques portions de bande cyclable mais non protégées et bien sûr souvent pleines de débris.

Il faut savoir aussi que la Vallée de la Maurienne est longue, très longue, comptez 120 km d’Aiguebelle jusqu’au Col de l’Iseran. À partir de St-Jean-de-Maurienne, elle est montante et cela s’accentue à partir de Modane lorsque l’on attaque la Haute-Maurienne. De Modane à Lanslebourg, il y a de sacrées montées entrecoupées de replats. De plus, j’ai senti à quelques reprises, un vent terrible, avec parfois des rafales, qui descendait la vallée. Si vous la remontez, la progression sera assez pénible !

Pour les liaisons en voiture (je ne l’ai appris qu’à la fin de mon séjour), l’A43 est gratuite de St-Michel-de-Maurienne à Modane ! Par contre, pour la traversée du Tunnel de Fréjus pour rejoindre l’Italie sans passer par le Col du Mont Cenis, il faudra sortir et faire chauffer la carte bleue : une quarantaine d »euros en classe 1 ! Et ce n’est que pour l’aller ! Étonnant, quand on voit que la partie gratuite entre St-Michel-de-Maurienne et Modane comporte 2 tunnels.

Il y a aussi la possibilité de prendre le train. Bien que mon ami Idris en soit un grand adepte – ce n’est vraiment pas évident de se plier à des horaires, des tarifs souvent onéreux, des placements aléatoires pour les vélos, bref un moyen de déplacement dont la majorité des cyclos ne sont pas fans. Par exemple, dans mon cas, testé sur le site de la sncf : pour un départ matinal à 7h45, il faut compter 5,20 euros l’aller-retour… EN CARS (!) , pas de train (!)… entre St-Étienne-de-Cuines et St-Jean-de-Maurienne et… 18 minutes de voyage pour l’aller alors qu’il n’y a que 12 km de trajet, et bien sûr rien n’est indiqué si le vélo est pris en charge, dingue ! À la limite, voici une idée dont je serais plus intéressée, ce serait de plutôt créer une navette (bus ou mini-bus équipé d’une remorque à vélos) qui circulerait toute la journée entre les différents pieds des ascensions. Certes, il y aurait toujours une contrainte des horaires mais qui serait assouplie par une fréquence plus élevée. Encore une dernière contrainte : le terminus se fait à Modane. Il restera encore beaucoup de kilomètre (23,5) et de montées supplémentaires si vous voulez rallier Lanslebourg-Mont-Cenis, point de départ des ascensions des Cols de l’Iseran ou du Mont Cenis.

Bref, tout cela pour dire que malgré la situation stratégique de mon lieu de séjour, les liaisons vers certaines ascensions – Col de la Croix de Fer, Col du Mollard via Villargondran, Col d’Albanne, Cols du Télégraphe et du Galibier et Col de Beau Plan – n’étaient pas du tout évidentes lorsque je voulais emprunter la Vallée de la Maurienne à vélo.

Donc aujourd’hui, je profite de mon taxi et c’est mon épouse qui fait le chauffeur, cool ! À peine 15 minutes plus tard, elle me dépose sur un parking dans la zone d’activités des Plans à la sortie de St-Jean-de-Maurienne non loin de Villargondran.

Le pied de l’ascension du Col d’Albanne se trouve non loin de St-Julien-Mont-Denis. Pour le rejoindre, je décide d’emprunter la D1006 en passant par le rond-point du Pont d’Arc. Autant vous dire que ça chauffe pour le cycliste car elle devient une… 2×2 voies ! Il y a heureusement une bande cyclable mais elle n’est pas sécurisée et comporte de multiples débris en tout genre dont certains menacent de vous faire subir une crevaison. Heureusement la chaussée est large et je n’ai pas rencontré trop de problème avec les voitures ou les camions.

Il faut savoir aussi que jusqu’à la sortie Montricher – Albanne Les Karellis, c’est un long faux-plat montant (3,1 km) où la pente oscille entre 3 et 5%. Par jour de grand vent et plantée sans abris juste au centre de la vallée, je vous laisse imaginer la gomme que vous pourriez y laisser !

Une petite route (D81a) se tortille entre l’autoroute, le chemin de fer et l’Arc et me dépose au Pont des Anglais (où se trouve une énorme et laide usine hydroélectrique), pied de l’ascension du Col d’Albanne mais aussi de la Station des Karellis. C’est parti pour une bonne ascension de 13,5 km pour 1026 m de D+ à 7,5%, autant vous dire que je ne vais pas chômer sur cette courte sortie.

Pont des Anglais…
… pied de l’ascension du Col d’Albanne mais aussi des Karellis.
Profil du Col d’Albanne + Lac de Pramol

Le début de l’ascension n’est pas trop rude – 800 m à 7% – et j’atteins rapidement le Bochet où je profite d’un petit replat. Par contre, à la sortie du village, un lacet à gauche lance les véritables hostilités : 6 km à 8,5% de moyenne jusqu’à Montricher !

Le Bochet, un petit replat m’attend.
J’ai fait un tout-droit, la maison n’a pas résisté !
Un peu d’histoire…
Là, on ne rigole plus !
Une montée souvent ombragée, ça fait du bien quand il fait chaud !

Il fait chaud mais la pente est régulière et la route est souvent ombragé, ce qui me va très bien. De temps en temps, j’ai droit à de superbes points de vue sur la Vallée de la Maurienne ou bien sur l’impressionnante Croix des Têtes qui se trouve de l’autre côté de la vallée.

Un ouvrage pour faire passer la route.
Vue sur St-Julien-Mont-Denis.
Il y a une route sympathique de l’autre côté de la vallée, une autre fois peut-être !
Wouah, des sommets impressionnants !
Vallée de la Maurienne côté St-Jean-de-Maurienne.
De sacrés sommets du côté de la Haute Maurienne.

Ma progression est régulière et me permet d’atteindre Montricher sans trop de fatigue. Attention, peu avant, un panneau annonce 1 km à 6%... rhaaaa ces panneaux placés à chaque kilomètre annonçant souvent des chiffres déstabilisants, là c’est 800 m à 8-9% qui débouche sur un replat qui traverse Montricher ! Forcément la moyenne est faussée. C’est pour cela que j’ai aussi créé alpes4ever.com pour réaliser des profils un peu plus réalistes.

Le replat de Montricher est de courte durée mais j’ai le temps de constater que le village est assez joli et confortablement installé au milieu de pentes boisés, à la fois proche et loin de l’agitation du fond de la Vallée de la Maurienne.

Montricher, étape intermédiaire avec un petit replat bienvenu…
Montricher, c’est joliment aménagé.

Dès la sortie du village, la pente reprend aussitôt du poil de la bête et m’oblige à relancer mon effort. Une bifurcation se présente dans un lacet : à droite les Karellis, à gauche Albanne, hop je prends la D81. Déjà que je n’ai pas croisé grand monde, là c’est tranquillité assurée ! Le décor ne change pas trop mais on est toujours à l’ombre de la forêt et surtout, on a l’impression que la route s’enfonce cette fois-ci un peu plus dans la montagne.

La pente est régulière mais un poil soutenue – 7% – jusqu’au Pont d’Albanne. J’adore ces lacets en « U » qui permettent d’avoir un bel aperçu de la route qui épousent les 2 flancs rapprochés d’une montagne.

Prendre à gauche direction Albanne, à droite c’est direction les Karellis.
Le Pont d’Albanne.
Au-dessous du pont, le Ruisseau des Moulins.

Je poursuis tranquillement mon chemin. Les points de vue sont rares, j’aperçois juste dans une trouée la Station des Karellis que je traverserais un peu plus tard. Il ne me reste qu’à me concentrer sur la pente qui tourne désormais des 8-9% durant 2,5 km. L’effort commence à me peser, je sens ma barre de vie diminuée et commence à trouver le trajet un peu long.

Une trouée dans les sapins laisse apparaître une vue sur la Station des Karellis.
Pas un chat mais ça grimpe mine de rien !

La déclivité décroît – 725 m à 6,5% – à partir d’une bifurcation qui permet de rejoindre la Station des Karellis. Je reste sur la D81, la végétation s’éclaircie un peu, le sommet du Col d’Albanne est tout proche… mais une terrible patate de 100 m à 13,5% me coupe à moitié le souffle. Pfiou, ce Col d’Albanne – 1652 m, se pointant juste après, ne s’est pas laissé facilement avoir ! Par contre, quelle récompense : le col est superbe ! Pas de panneau mais un décor champêtre de toute beauté avec des vues sensationnelles sur le Col du Télégraphe et son fort et la Vallée de la Valloirette qui conduit bien sûr jusqu’au Col du Galibier.

Enfin, le Col d’Albanne – 1652 m !
Très beau col, personne, miam je déguste !
Un décor champêtre, la Croix des Têtes au fond.
Je vais y passer dans quelques jours.
On le distingue à peine, il est bien planqué !

Je fais une pause, avale une pâte de fruits et une barre de céréales, ça m’a requinqué et c’est reparti. Il est possible de faire une boucle sur une partie de mon parcours. Pour cela, il faut déjà descendre sur Albanne, village un peu au bout du monde, plus loin il y a encore Albannette… pour ceux équipé d’un VTT, il y a la possibilité de rallier Valloire, voir le descriptif de l’extraordinaire cyclo-explorateur Will.

Albanne, un peu le bout du monde mais ce n’est pas désert.

La  descente est courte et il faut prendre, dès l’entrée d’Albanne, une petite route à droite qui indique Lac de Pramol, c’est ma prochaine destination. L’effort n’est pas trop important avec près d’un kilomètre et demi sur une pente moyenne de 7,5% mais les superbes panoramas qui s’offrent à moi me distraient complètement.

Un col de légende au loin…
Quel panorama ! Ici la route qui va du Col du Télégraphe à Valloire.
Au-dessus d’Albanne et en direction du Lac de Pramol.

J’atteins le Lac de Pramol – 1728 m – en pleine forme et content d’avoir découvert ce coin sympa. Le lac a un aspect très « vosgien » et il y a une fontaine avec une eau claire et très froide. Je fais une courte pause et file dans la descente en direction de la Station des Karellis. C’est pentu aussi sur l’autre versant.

Lac de Pramol – 1728 m.
De l’eau très très fraîche vous attend.
On distingue la Croix des Têtes.

J’atteins rapidement la Station des Karellis, c’est moche mais quelle panorama ! Je passe un coup de fil à mon épouse pour qu’elle vienne me récupérer à St-Jean-de-Maurienne. Je poursuis ma descente. La pente est assez forte, je fais très attention d’autant que quelques portions de route ont fondu avec la canicule qui persiste depuis plusieurs jours. Je repasse par Montricher puis au Bochet, je prends à gauche direction Villargondran. Il y a aussi une bonne descente, ou montée si l’on vient de Villargondran. Puis, je me laisse quasiment glisser jusqu’au parking de mon départ. Mon épouse arrive au même instant, timing parfait ! Par contre, la température avoisine les 35°C mais je n’en aurais pas trop souffert.

Certes, petite sortie mais plaisir garanti et je préfère garder un peu de fraîcheur physique pour la suite de mon séjour. Je ne me lance pas trop souvent dans de longs raids fous car ce sont aussi des vacances en famille où j’essaie de trouver un compromis pour ma passion de cyclo-grimpeur en effectuant donc des sorties « middle » et cela me convient très bien.

Cet après-midi, ce sera balade en famille aux Cols du Glandon et de la Croix de Fer et demain, ma fille allant finalement mieux, on retente notre sortie au Col du Mont Cenis.

Station des Karellis, c’est moche mais quelle vue !